Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411978
mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. F E, représenté par Me Sangue, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024, notifié le 19 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a à nouveau assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été régulièrement informé de son droit à demander la protection internationale ;
- méconnaît son droit à être entendu ;
- méconnaît l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens de la requête de M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/32/CE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Prost, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 12 août 2024, le préfet du Val-d'Oise a assigné M. E à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter chaque lundi et samedi entre 8 heures et 12 heures au commissariat de police de Gonesse. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.
2. L'arrêté du 12 août 2024 a été signé par Mme D B, cheffe de la section éloignement, qui disposait d'une délégation de signature aux fins de signer les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C A, directeur des migrations et de l'intégration, consentie par un arrêté n° 24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. M. E soutient qu'il réside désormais à Paris et que le préfet du Val-d'Oise était territorialement incompétent pour l'assigner à résidence dans le département du Val-d'Oise. Toutefois, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé n'établit pas, en produisant une attestation, avoir déménagé de sa précédente adresse sis 9 rue Duvivier dans la commune de Garges-lès-Gonesse alors même qu'il y était précédemment assigné à résidence pour une première durée de quarante-cinq jours à partir du 6 juillet 2024 et ce jusqu'à l'adoption de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale du préfet du Val-d'Oise ne peut être qu'écarté.
4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
6. Aux termes des deuxième et troisième alinéas du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale : " Lorsqu'une personne présente une demande de protection internationale à une autorité compétente en vertu du droit national pour enregistrer de telles demandes, l'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrables après la présentation de la demande. / Si la demande de protection internationale est présentée à d'autres autorités qui sont susceptibles de recevoir de telles demandes, mais qui ne sont pas, en vertu du droit national, compétentes pour les enregistrer, les États membres veillent à ce que l'enregistrement ait lieu au plus tard six jours ouvrables après la présentation de la demande. ". Par son arrêt du 25 juin 2020, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'il ressort des deuxième et troisième alinéas du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE que les " autres autorités " au sens de cette directive, au nombre desquelles figurent les services de police, sont tenues, d'une part, d'informer les ressortissants de pays tiers en situation irrégulière des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale et, d'autre part, lorsqu'un ressortissant a manifesté sa volonté de présenter une telle demande, de transmettre le dossier à l'autorité compétente aux fins de l'enregistrement de la demande. Aux termes des dispositions combinées des articles L. 741-1 et R. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assurent la transposition de la directive 2013/32/CE, les services de police sont tenus de transmettre au préfet, et ce dernier d'enregistrer, la demande d'asile formulée par un étranger au cours de son audition par ces services.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà présenté une demande d'asile qui a été rejetée respectivement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, les 25 février 2020 et 12 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. E aurait été empêché de faire valoir ses observations dans le cadre de la procédure ayant abouti à la décision contestée, ni qu'il ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Au demeurant, l'intéressé a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 13 mars 2023, à l'occasion de laquelle il a pu être entendu. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.
10. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ". Les articles L. 733-1 à L. 733-4 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient les modalités d'application de l'assignation à résidence d'un étranger. Dès lors que ces modalités limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, une telle mesure, comme son éventuelle prolongation, doit être nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, à savoir l'éloignement de l'étranger dans un délai aussi proche que possible de celui imparti par l'autorité administrative pour qu'il quitte le territoire français.
11. M. E soutient que l'obligation d'obtenir l'autorisation du préfet du Val-d'Oise pour quitter ce département et l'obligation de pointage les lundis et samedi entre 8 heures et 12 heures, y compris lorsque ces jours seront fériés ou chômés, au commissariat de Gonesse, seraient disproportionnées. Toutefois, M. E ne justifie pas, d'une part, du caractère excessivement contraignant de l'obligation de pointage, dès lors qu'il ne justifie pas exercer une activité professionnelle lui imposant une présence constante nécessaire au bon fonctionnement de l'activité de son employeur, ni que cette obligation constituerait un obstacle à ce qu'il puisse réaliser sa vie personnelle et familiale dans des conditions satisfaisantes. D'autre part, il n'établit pas avoir réellement déménagé à Paris, dès lors qu'il est constant qu'il a été auparavant assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise et qu'il ressort notamment de la fiche de pointage de cette précédente mesure d'assignation que M. E a respecté ses obligations de pointage et n'a nullement fait état d'un tel déménagement. Le moyen tiré de la disproportion de la mesure en litige ne peut donc qu'être écarté.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
13. M. E fait valoir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est hébergé à Paris. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. E, célibataire et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme étant domicilié à Paris, dès lors qu'il résidait et était assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise depuis le 6 juillet 2024 et jusqu'à la décision attaquée, et qu'il a respecté ses pointages sans jamais faire état de son déménagement à Paris. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles liées aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F.-X. Prost Le greffier,
signé
M. G La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.