Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411991
mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2421722/8 du 19 août 2024, la magistrate désignée du Tribunal administratif de Paris a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B C, enregistrée le 12 août 2024.
Par cette requête enregistrée le 19 août 2024 au greffe du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. C demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour.
M. C soutient que:
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- la décision portant refus de titre de séjour porte atteinte à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, avocat, conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost ;
- les observations de Me Hervé, avocate désignée d'office, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par le même moyen et qui ajoute, d'une part, qu'il n'a pas eu connaissance de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 27 novembre 2023, et, d'autre part, qu'il justifie de circonstances humanitaires ;
- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète.
Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant turc né le 6 janvier 1981, a présenté le 21 octobre 2022 une demande d'asile. Sa demande a été rejetée, le 9 février 2023, par l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, puis le 16 juin 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen ayant également été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 19 septembre 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 30 novembre 2023, M. C a fait l'objet, le 27 novembre 2023, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Interpellé par les services de police le 31 juillet 2024, M. C a fait l'objet, par un arrêté du 31 juillet 2024 du préfet de police, d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler ce dernier arrêté.
2. Par un arrêté n° 2024-000924 du 8 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de police a donné à Mme E, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté litigieux, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en particulier les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
4. La décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment ses articles L. 612-6 et suivants. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu'une interdiction soit faite au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois et les autres paragraphes du même document, font mention de la situation personnelle du requérant prise en compte par le préfet pour édicter la décision attaquée. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
5. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations, ne justifie d'aucune insertion particulière à la société française, notamment professionnelle, et d'aucune attache intense sur le territoire français, sa femme et ses enfants résidant en Turquie. Les circonstances, au demeurant non établies, que son frère et sa sœur seraient réfugiés et qu'il résiderait, avec son frère, chez son cousin sont insuffisantes pour prouver de telles attaches ou pour être regardées comme des circonstances humanitaires. En outre, ainsi qu'il a été dit précédemment, ses demandes d'asile et de réexamen ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Enfin, M. C a fait l'objet le 27 novembre 2023 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français auquel il s'est soustrait. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait entaché son arrêté d'une erreur dans l'appréciation de sa situation.
7. Les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement, ainsi que la circonstance qu'il n'aurait pas eu connaissance de la décision du 27 novembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français, qui au demeurant a été dument notifiée et n'a pas été contestée, sont inopérants, dès lors que la requête tend à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 31 juillet 2024, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F.-X. Prost
Le greffier,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.