Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412003
lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412003 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 août 2024, M. B, représenté par Me Erol, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 12 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une nouvelle durée de 45 jours, du 23 août 2024 au 6 octobre 2024 inclus ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Par jugement n° 2409890 du 18 juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal a déjà admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Les conclusions de M. B à nouveau présentées en ce sens doivent donc être rejetées.
Sur les autres conclusions :
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; / () ".
4. En premier lieu, par arrêté n° 24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D C, cheffe de section, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'assignation à résidence. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme étant manifestement infondé.
5. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il contient les considérations de droit et de fait qui ont conduit le préfet du Val-d'Oise d'Oise à assigner M. B à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une nouvelle durée de 45 jours, du 23 août 2024 au 6 octobre 2024 inclus, au motif qu'il avait fait l'objet d'un arrêté d'expulsion le 26 mars 2015, qu'il constituait une menace pour l'ordre public et que s'il ne pouvait quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée doit être écarté comme étant manifestement infondé.
6. En troisième lieu, si M. B soutient que le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas livré à l'examen particulier de sa situation, notamment de ce qu'il a une famille en France et de ce qu'il a été convoqué pour l'enregistrement de sa demande d'asile le 8 juillet 2024, un tel moyen, au regard de la motivation de l'arrêté attaqué, pris au visa des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et alors que le préfet a indiqué dans l'arrêté attaqué avoir procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B au vu de l'ensemble de ses déclarations et des éléments produits, doit donc être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.
7. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort de son procès-verbal d'audition du 8 juillet 2024 qu'il est en situation irrégulière en France, qu'il travaille clandestinement dans le bâtiment, qu'il a conscience d'être défavorablement connu des services de police, ce qu'il ne conteste pas, et qu'il n'a pas l'intention d'exécuter son arrêté d'expulsion du 26 mars 2015, ni la dernière obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, le 18 août 2023. Dans ces conditions, et alors que la décision portant assignation à résidence n'emporte pas par elle-même éloignement du territoire français et séparation de M. B d'avec son épouse et ses attaches familiales en France, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.
9. A défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de M. B, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R.222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Par ces motifs, le tribunal ordonne :
Article 1er : La demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est rejetée.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à son conseil Me Erol et au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 9 septembre 2024.
La présidente de la 3ème chambre,
Signé
C. Oriol
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.