Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412007

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, qui demandait l’annulation de l’arrêté du préfet de police du 15 août 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Le tribunal a jugé que le moyen tiré de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme était inopérant et que la décision n’était pas entachée d’erreur d’appréciation au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, compte tenu de la situation irrégulière de l’intéressé, de son absence d’attaches en France et de son comportement. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions, y compris celles aux fins d’injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2422199 du 19 août 2024, le président du Tribunal administratif de Paris a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. A B, enregistrée le 19 août 2024.

Par cette requête enregistrée le même jour au greffe du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. B demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation de travail à compter de la notification du jugement.

M. B soutient qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine car il craint pour sa vie.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 30 août et 4 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police fait valoir que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost ;

- les observations de Me Hervé, avocate désignée d'office, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins par le même moyen et qui ajoute que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1983, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 octobre 2023 à laquelle il s'est soustrait. Il a été interpellé par les services de police, le 14 août 2024, pour conduite d'un véhicule sans assurance. Par un arrêté du 15 août 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

2. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Au demeurant, l'intéressé ne démontre pas l'existence d'une menace actuelle et personnelle à laquelle il serait exposé en cas de retour au Bangladesh.

3. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

4. Il ressort des pièces que M. B, qui allègue être entré en France le 8 mars 2018, a vu sa demande d'asile, sollicitée le 28 janvier 2020, rejetée par l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides le 29 mars 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 1er juillet 2021. Ainsi, le requérant se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis cette date sans avoir cherché à régulariser sa situation administrative. Il ressort également des pièces du dossier que M. B n'a aucune maitrise de la langue française, que son épouse et son enfant âgé de six ans résident dans son pays d'origine et qu'il ne soutient ni même n'allègue disposer d'attaches particulièrement intenses sur le territoire français. Enfin, l'intéressé a été interpellé le 14 août 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 23 octobre 2023 à laquelle il s'est soustrait et a clairement indiqué aux forces de police ne pas vouloir exécuter une nouvelle mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et ne méconnaît pas les dispositions précitées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 15 août 2024, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost

Le greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.