Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412008
jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 août et 3 septembre 2024, M. B D A, représenté par Me Hirmanpour, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024, notifié le 13 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté notifié le 13 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D A soutient que :
la décision portant refus de titre de séjour :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement :
- ont été signées par une autorité incompétente ;
- sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et sont entachées d'un défaut de base légale ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
la décision portant assignation à résidence :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. D A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost ;
- les observations Me Hirmanpour, représentant M. D A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;
- les observations de M. D A.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant iranien né le 9 juillet 1976, est entré régulièrement en France le 21 novembre 2003 et a bénéficié de titres de séjour en qualité de visiteur du 22 novembre 2005 au 15 novembre 2012 et d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 5 février 2018 au 4 février 2019. Par une ordonnance n° 2207784 du 5 juillet 2022, le juge des référés a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. D A afin de lui permettre de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. L'intéressé a sollicité le 4 avril 2023 un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 31 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté notifié le 13 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné à résidence M. D A dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. D A demande au Tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il a été condamné, le 8 juin 2021, à une amende de 600 euros et à une interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant deux ans et, le 16 février 2022, à une amende de 1200 euros et à l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à un stage à la sécurité routière, pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduite et sans assurance, ainsi que sur des signalements des services de police, notamment pour des faits datant de 2005 et 2007, qui n'ont pas donné lieu à des poursuites pénales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D A réside en France depuis 2003 et qu'il a bénéficié de titres de séjour du 22 décembre 2005 au 15 novembre 2012, puis du 5 février 2018 au 4 février 2019. Si le requérant est célibataire et sans enfant à charge, il est hébergé et pris en charge financièrement par ses parents, qui résident régulièrement sur le territoire français sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2027, et il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, sa sœur y étant décédée le 16 mai 2024. Par ailleurs, M. D A s'est engagé dans une démarche d'insertion professionnelle vers le marché du travail des travailleurs handicapés et a été reconnu par la maison départementale des travailleurs handicapés, le 4 avril 2024, comme ayant la qualité de travailleur handicapé. Dans les circonstances particulières de l'espèce et malgré les deux condamnations pénales précitées dont M. D A a fait l'objet, la décision portant obligation de quitter le territoire français a, compte tenu de la durée de sa présence en France, de la présence de sa famille sur le territoire français et de sa démarche d'insertion professionnelle en tant que travailleur handicapé, porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, lui interdisant de retourner sur le territoire français et l'assignant à résidence dans département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que l'autorité administrative délivre à M. D A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. D A, d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 31 juillet 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté non daté notifié le 13 août 2024 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. D A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera à M. D A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F.-X. Prost
Le greffier,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.