Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412016

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. B, ressortissant camerounais, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour d’un an et l’assignant à résidence. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et une erreur manifeste d’appréciation. Le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes, considérant que les décisions étaient suffisamment motivées, proportionnées et fondées sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, compte tenu de la menace à l’ordre public constituée par les infractions commises par l’intéressé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 août et 2 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Samba, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024, notifié le 13 août 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen afin qu'ils procèdent à son effacement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision fixant le pays d'éloignement :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant " reconduite à la frontière " ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant " reconduite à la frontière ".

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 août et 2 septembre 2024, M. B, représenté par Me Samba, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024, notifié le 13 août 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision portant assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, magistrat désigné, qui a soulevé d'office, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées à l'encontre de la décision le signalant dans le système d'information Schengen en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante ;

- les observations de M. B, qui reconnaît ses infractions de conduite sans permis, faute d'avoir échangé son permis camerounais, mais conteste représenter une menace pour l'ordre public ; il fait valoir qu'il était mineur lors de son arrivée en France en 2011, qu'il a toujours été en situation régulière, qu'il est marié et père de famille et qu'il travaille.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 4 septembre 1994, a bénéficié d'un titre de séjour valable du 30 janvier 2014 au 29 janvier 2015 renouvelé à trois reprises, puis d'une carte de séjour pluri-annuelle valable du 18 janvier 2019 au 17 janvier 2023, dont il a sollicité le renouvellement le 6 janvier 2023. Par un premier arrêté du 31 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté daté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B demande au Tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2412016 et n°2412018 concernent le même requérant et présentent à juger des questions connexes. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

3. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 23 février 2011, à l'âge de 16 ans, et y a séjourné régulièrement et de manière continue jusqu'en 2023. Il a épousé une compatriote, le 17 octobre 2020, avec laquelle il a eu une fille, prénommée Swanne, née le 7 août 2019 à Nanterre, et actuellement scolarisée. L'ensemble de la famille, qui résidait au 88, rue Voltaire à Rueil-Malmaison dans le département des Hauts-de-Seine, est hébergée chez la grand-mère du requérant au 25, rue Henri Barbusse à Gennevilliers. Son père, ses deux frères et quatre oncles résident également régulièrement en France. Si l'intéressé a été condamné le 13 juin 2016 par le Tribunal correctionnel de Châteauroux à une amende de 350 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et pour défaut d'assurance et le 11 juillet 2023 par le Tribunal judiciaire de Nanterre à une amende de 350 euros et à un emprisonnement délictuel de 4 mois, totalement assortie d'un sursis probatoire pendant 2 ans pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule sans permis et pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, M. B établit avoir obtenu son permis de conduire français le 3 février 2024 et travaille pour le compte de l'agence d'intérim pluri RH. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard notamment à sa situation familiale, à l'ancienneté et aux conditions de sa présence en France, M. B démontre avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français et est fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté portant assignation à résidence dans département des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, sauf changement de circonstances de droit et de fait, que l'autorité administrative délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français, implique également que le préfet des Hauts-de-Seine procède à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen, sans qu'il y ait lieu de prononcer une injonction à cet effet.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B, d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet des Hauts-de-Seine du 31 juillet 2024 portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost

Le greffier,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2412016 et 2412018