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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2412030

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412030

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. C A demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une attestation de demande d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il craint de subir des persécutions en cas de retour en Turquie ;

- méconnaît l'article L. 746-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces du dossier de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant du contentieux des décisions de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile prises en application des dispositions des articles L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost ;

- et les observations de Me Hervé, avocate désignée d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 7 avril 1995, a demandé l'asile en France le 14 mai 2024. Concomitamment à l'introduction de sa demande d'asile, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait précédemment présenté une demande d'asile auprès des autorités suisses. Une demande de reprise en charge a, par conséquent, été adressée à ces autorités, le 14 mai 2024. Les autorités suisses ont fait connaître explicitement leur accord le même jour. Aussi, par un arrêté en date du 9 août 2024, le préfet du Val-d'Oise a ordonné le transfert de l'intéressé aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. A demande au Tribunal, par la présente requête, d'annuler cet arrêté.

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme B D, cheffe de la section Asile à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation du préfet de ce département à l'effet de signer " toute décision de transfert d'un demandeur d'asile fondée sur l'application du règlement Dublin III () ", accordée par arrêté du 27 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner vers son pays d'origine, mais seulement de prononcer son transfert aux autorités suisses chargées de l'examen de sa demande d'asile. Si M. A soutient que sa demande d'asile a été rejetée par les autorités suisses, il ne l'établit pas. Au demeurant, il n'apporte pas d'élément de nature à établir qu'il ferait l'objet d'une décision d'éloignement du territoire suisse définitive ou insusceptible de recours, ni que la Suisse serait susceptible d'exécuter une mesure de renvoi sans évaluer préalablement les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Si le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 746-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cet article n'existe pas. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

7. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

8. M. A soutient qu'il craint des persécutions en cas de retour en Turquie, qu'il souffre de vulnérabilité psychologique suite aux mauvais traitements dont il a fait objet dans son pays d'origine et pendant son voyage et qu'il possède de la famille en France qui pourrait l'aider. Il est présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile en Suisse est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Une telle présomption n'est pas irréfragable. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile aurait été rejetée en Suisse et qu'il serait exposée à un risque de ne pas être traité par les autorités suisses dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Le requérant ne démontre pas davantage que son transfert en Suisse l'exposerait personnellement au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants dans ce pays. Enfin, si M. A fait état de son souhait que sa demande d'asile soit instruite en France, il ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant que le préfet du Val-d'Oise fasse usage de la clause dérogatoire prévue par les dispositions de l'article 17 précitées. Au demeurant, le règlement du 26 juin 2013 qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne lui permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, doit être écarté.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Si M. A fait valoir qu'il était isolé en Suisse alors qu'il a des amis et de la famille en France, il n'apporte aucun élément de nature à en justifier. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé très récemment en France, qu'il a indiqué aux autorités françaises ne pas avoir de famille en France et que ses deux frères et sa sœur résident dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée familiale, au regard du but poursuivi par la décision en litige.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost Le greffier,

signé

M. E La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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