Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412049
mercredi 21 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412049 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 août 2024, Mme B, représentée par Me Moulai, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous en vue de la délivrance d'un récépissé de demande de certificat de résidence pour ressortissant algérien l'autorisant à travailler et de débloquer l'accès à son compte ANEF, dans le délai de 48 heures courant à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve dans l'impossibilité de communiquer à l'école dans laquelle elle souhaite se réinscrire, le titre de séjour qui lui est demandé et que la poursuite de ses études se trouve, de fait, compromise ;
Sur l'utilité de la mesure :
- la mesure de fixation d'un rendez-vous demandée est utile, dès lors qu'elle se trouve dans l'incapacité de déposer une demande de titre de séjour par voie dématérialisée, et ce, depuis deux ans, alors qu'elle a transmis tous les documents demandés ;
- il n'existe aucune autre solution dans sa situation que le déblocage de son compte sur le site de l'ANEF ;
Sur l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative :
- aucune décision administrative n'a été prise en l'espèce faute d'avoir pu procéder au dépôt du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 24 octobre 2003, est entrée en France le 5 septembre 2022, selon ses déclarations, munie d'un visa portant la mention " étudiant " valable du 28 août 2022 au 28 novembre 2022 et indiquant la nécessité de solliciter un titre de séjour. Elle a déposé, le 8 septembre 2022, sur la plateforme " Administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF), une première demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ". L'intéressée n'ayant pas répondu à une demande de compléter son dossier émise sur son compte personnel le 15 octobre 2022, ce dernier a été clôturé. Mme B indique avoir demandé, en vain, par courriels et par courrier, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour et de débloquer son compte personnel sur la plateforme de l'ANEF.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, Mme B soutient que l'urgence est établie compte tenu du risque d'interruption de son cursus universitaire faute d'être en mesure de justifier du dépôt d'une demande de titre de séjour, comme exigé par l'Institut des Arts de la Gestion où elle souhaite se réinscrire en deuxième année de BTS Négociation et digitalisation de la relation client. Toutefois, elle ne justifie par aucune pièce cette condition posée à la poursuite de sa scolarité. En outre, il est constant que la requérante a pu suivre les enseignements dans cet établissement, alors même qu'elle se trouvait déjà en situation irrégulière, au cours de l'année 2023/2024, à l'issue de laquelle elle a obtenu sa première année de BTS. De sorte que Mme B n'établit pas l'existence d'une urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai et impliquant que sa demande de titre de séjour, qui a le caractère d'une première demande et non d'un renouvellement, soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le caractère utile de la mesure demandée, qu'il convient de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative de la requête de Mme B. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait, à Cergy, le 21 août 2024
La juge des référés,
signé
C. Charlery
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.