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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2412151

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412151

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantWAK-HANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 août 2024 et 28 août 2024, Mme B A, représentée par Me Wak-Hanna, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai, et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens soulevés à l'encontre d'une décision portant refus de titre de séjour :

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas motivée ;

- le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur des faits inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- elle est disproportionnée.

S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Par un courrier du 4 décembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de ce que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 10 janvier 2025.

Par un mémoire du 31 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- et les observations de Me Abraham, substituant Me Wak-Hanna, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 28 avril 1990, est entrée en France le 2 octobre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour selon ses déclarations. Par un arrêté du 20 août 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai, et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la légalité d'une décision portant refus de titre de séjour :

2. Si Mme A demande l'annulation d'une décision de refus d'admission au séjour qui aurait été prise par l'arrêté attaqué du 20 août 2024, il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le prononcé par l'autorité administrative à l'encontre d'un ressortissant étranger d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 2° de cet article n'est pas subordonné à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. L'arrêté attaqué, pris sur le fondement de ces dispositions, ne comportant aucune décision de refus de séjour, le moyen du défaut d'examen particulier dirigé contre cette décision est dès lors inopérant et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, en bornant à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur des faits inexacts et a entaché son appréciation d'une erreur manifeste, sans étayer davantage ses allégations, la requérante n'assortit pas ses moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En quatrième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

8. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé: " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

9. Mme A fait valoir qu'elle vit en France depuis 2022 et dispose d'un contrat à durée indéterminée dans une boulangerie depuis le 13 mai 2024 en qualité de pâtissière. Il ressort toutefois des pièces du dossier que compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour en France de la requérante qui n'établit pas davantage qu'elle est dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, Mme A ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que l'intéressée ne saurait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

10. D'autre part, la situation de Mme A au regard du droit au séjour, est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé, de sorte qu'elle ne saurait utilement se prévaloir d'un droit au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de ce que l'intéressée ne saurait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa qui expirait le 19 novembre 2022. Le préfet des Hauts-de-Seine pouvait ainsi refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance qu'elle n'entende pas se soustraire à l'obligation de quitter le territoire dont elle fait l'objet est dès lors sans incidence sur la légalité de cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

15. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

16. Compte tenu de sa durée de présence en France et de son insertion professionnelle et de la circonstance que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, en prenant à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Il résulte de tout ce qui précède sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués contre cette décision de l'arrêté du 20 août 2024 en tant seulement que le préfet du Val-d'Oise prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de la requérante et l'a informée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Mme A n'est en revanche pas fondée à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

19. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder, dans un délai de deux mois, à l'effacement du signalement de Mme A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

20. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune autre mesure d'exécution, les autres conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 août 2024 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de faire procéder, dans un délai de deux mois, à l'effacement du signalement de Mme A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;

Mme L'Hermine, première conseillère ;

Assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure,

signé

M. L'HermineLe président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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