Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412161
lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412161 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 août 2024, M. B demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à la validation de sa demande de titre de séjour portant la mention " passeport Talent ", dans le délai de 48 heures courant à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer un document légal lui permettant de travailler.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est établie dès lors qu'il ne peut prendre ses fonctions le 2 septembre 2024 faute de disposer d'un titre de séjour ;
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté :
- il est porté une atteinte grave à sa liberté de travailler ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions permettant la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " sans que la condition de se trouver en fonction à la date de la demande ne puisse être opposée ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en tant que juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 29 décembre 1998, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 4 juin 2024. Par un message en date du 8 août 2024 reçu dans son espace personnel sur le site de l'ANEF, il lui a été indiqué que sa demande apparaissait prématurée, dès lors qu'il ne faisait pas encore partie des effectifs de la société qui l'avait recruté et devait, en conséquence, renouveler sa demande dès sa prise de fonction. Le courriel concluait qu'une décision de clôture serait prise dans un délai de trente jours, en l'absence de toute intervention de sa part. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de valider sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un document lui permettant de prendre ses fonctions le 2 septembre 2024 au sein de l'entreprise qui l'a recruté par contrat à durée indéterminée signé le 22 mars 2024.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Et, en vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les cartes de séjour pluriannuelles portant la mention " passeport talent ", "passeport talent-carte bleue européenne", "passeport talent-chercheur" et " passeport talent-chercheur-programme de mobilité " prévues aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 peuvent être délivrées dès la première admission au séjour de l'étranger ". Et aux termes de l'article L. 421-9 du même code : " L'étranger qui exerce une activité professionnelle salariée et a obtenu, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat. Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée ayant justifié sa délivrance. ()".
4. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié, non seulement d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures, ainsi que d'une atteinte grave portée à la liberté fondamentale invoquée, mais encore de l'illégalité manifeste de cette atteinte ;
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes du message en date du 8 août 2024 reçu dans l'espace personnel du requérant, rappelés au point 1 de la présente ordonnance, qu'aucune décision de clôture n'a été prise concernant son dossier, lequel reste toujours en cours d'instruction jusqu'au 8 septembre 2024. De sorte que dans l'hypothèse où M. B aurait entendu solliciter la suspension d'une décision, comme le laissent entendre les moyens invoqués tendant à démontrer l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité d'une décision, de telles conclusions seraient irrecevables.
6. En deuxième lieu, il ressort également des pièces du dossier, d'une part, que M. B est titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 27 septembre 2024 et se trouve donc en situation régulière sur le territoire jusqu'à cette date. D'autre part, si le requérant ne précise pas la nature du titre de séjour portant la mention " passeport talent " qu'il a sollicité, il ressort de ses écritures qui indiquent qu'il est titulaire d'un diplôme de niveau master ou équivalent, qu'il a conclu un contrat de travail d'une durée d'au moins trois mois comportant une rémunération brute annuelle supérieure à 42 406 euros, que le titre sollicité relève des dispositions du 1° de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées " salarié qualifié ", qui concernent la situation d'un étranger qui se trouve en cours d'exercice d'une activité professionnelle. De sorte que les services préfectoraux pouvaient lui opposer le caractère prématuré de sa demande de titre de séjour, faute d'exercer une activité professionnelle à la date de son dépôt. Enfin, si M. B soutient qu'il risque des " complications " avec son employeur qui pourraient compromettre son embauche, faute de pouvoir justifier d'un titre de séjour lui permettant de travailler, il n'en justifie par aucune pièce, d'autant plus que ce recrutement est effectif depuis la signature d'un contrat à durée indéterminée avec la société Valmen Consulting SAS en date du 22 mars 2024. Par ailleurs, s'il allègue qu'il ne pourra prendre ses fonctions le 2 septembre 2024, il ressort des termes de la proposition d'engagement qui lui a été faite le 8 août 2024 que la date d'embauche au 2 septembre 2024 était seulement souhaitée et non imposée par l'employeur et le requérant ne fait état d'aucun refus de ce dernier d'envisager un report de cette date de quelques jours afin que M. B puisse se conformer aux directives de la préfecture.
7. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête dans toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative précitées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Cergy-Pontoise, le 26 août 2024.
La juge des référés
Signé
C. Charlery
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2412161