Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412162
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ARZALIER |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2024, Mme B C A peut être regardée comme demandant au tribunal, outre l'assistance d'un avocat désigné d'office et d'un interprète en créole haïtien, d'annuler la décision rejetant sa demande d'asile ainsi que la décision, en date du
19 août 2024, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Cergy a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Elle soutient qu'elle a subi des violences et menaces en Haïti où la situation s'est dégradée et où elle ne bénéficie d'aucune protection.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- la décision refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil a été prise à l'issue d'une procédure régulière, après que la requérante a déposé le 19 août 2024 une demande de réexamen de sa demande d'asile et alors que l'intéressée ne se trouve pas dans une situation de vulnérabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Louvel pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Louvel, magistrat désigné ;
- les observations de Me Arzalier, avocat désigné d'office, représentant Mme A, qui précise que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont dirigées uniquement contre la décision du 19 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII à Cergy a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; il indique que la nouvelle demande d'asile présentée le 19 août 2024 par Mme A est légitime compte tenu de la dégradation de la situation sécuritaire en Haïti ;
- Mme A qui, interrogée en début d'audience sur l'éventualité d'un renvoi à une audience ultérieure, l'interprète en créole haïtien convoqué à l'audience ne s'étant pas présenté, a montré une maîtrise suffisante du français et indiqué qu'elle ne souhaitait pas le renvoi de son affaire ;
- l'OFII n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 15 juin 1995, qui est de nationalité haïtienne, est entrée en France pour y demander l'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 19 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Cergy lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
3. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que celle-ci a été prise, après un entretien d'évaluation de vulnérabilité, au motif que Mme A " [présentait] une demande de réexamen de sa demande d'asile ", ce que confirme les pièces du dossier. Si Mme A soutient qu'elle a subi des violences en Haïti et que la situation dans le pays s'est aggravée de sorte qu'elle ne bénéficie d'aucune protection dans son pays d'origine, ces circonstances, eu demeurant non établies par les pièces produites par la requérante, sont sans incidence sur la légalité de la décision de l'OFII lui refusant les conditions matérielles d'accueil. Par suite, Mme A ne peut utilement s'en prévaloir à l'appui de sa demande d'annulation de la décision contestée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur général de l'OFII en défense, ou d'examiner sa recevabilité, que la requête de Mme A doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et au directeur général de l'OFII.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
T. Louvel
La greffière
signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.