Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412216
lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412216 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 23 août 2024, M. A B, représenté par Me Djemaoun, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour jusqu'à ce que la formation collégiale examine la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux semaines à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que, si par un jugement du 14 août 2024, la magistrate désignée par le tribunal a rejeté sa requête en annulation notamment de la décision l'obligeant à quitter le territoire contenue dans l'arrêté litigieux, elle a renvoyé à une formation collégiale le jugement de la décision portant refus de titre de séjour ; il a depuis été placé en rétention administrative par décision du 23 août 2024 et se trouve exposé à un éloignement imminent du territoire, alors que l'ensemble de sa famille se trouve en France où il remplit les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence de dix ans ayant notamment engagé des démarches d'assistance médicale à la procréation avec une ressortissante française avec laquelle il s'est fiancé le 22 septembre 2022 ;
- il est porté atteinte de manière grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heure ". L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Il résulte en outre de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le juge des référés peut, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, une mesure d'organisation des services placés sous son autorité lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Toutefois, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Eu égard à son office, il peut également, le cas échéant, décider de déterminer dans une décision ultérieure prise à brève échéance les mesures complémentaires qui s'imposent et qui peuvent également être très rapidement mises en œuvre. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
3. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 24 mai 2024, la préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et lui a interdit le retour sur le territoire. Par un jugement n° 2411310 du 14 août 2024, la magistrate désignée du tribunal a rejeté la requête en annulation dirigée contre cet arrêté par l'intéressé en renvoyant néanmoins le jugement de la seule décision portant refus de séjour à une formation collégiale du tribunal devant laquelle elle est toujours pendante. Pour justifier de l'urgence exigée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. B soutient qu'il a été placé en rétention administrative le 23 août 2024, et se trouve exposé à un éloignement imminent du territoire alors que l'ensemble de sa famille se trouve en France où il remplit les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence de dix ans ayant notamment engagé des démarches d'assistance médicale à la procréation avec une ressortissante française avec laquelle il s'est fiancé le 22 septembre 2022. Cependant, d'une part, la décision de la placer en rétention administrative et le risque d'éloignement du territoire auquel il se trouve de ce fait exposé ne sont pas fondés sur la décision de refus de séjour en litige mais celle l'obligeant à quitter le territoire. A cet égard, il appartient à l'étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'un placement en rétention administrative ou d'une mesure d'assignation à résidence, de saisir le juge administratif, sur le fondement des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d'injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure relative à l'éloignement forcé d'un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution. Or, il ne résulte pas de l'instruction que soit survenu, depuis le jugement du 14 août 2024, un élément nouveau de nature à rendre recevables les conclusions présentées devant le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que le requérant ne justifie pas résider depuis 1993 en France où il a été en outre emprisonné entre 2007 et 2022 durant six ans et trois mois, pour des faits de trafic de stupéfiant et d'escroquerie notamment. Par ailleurs, si des membres de sa famille se trouvent en France, M. B, n'établit pas la réalité et l'ancienneté de sa relation avec une ressortissante française par les pièces qu'il produit alors que sa présence sur le territoire constitue une menace pour l'ordre public. Ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'urgence particulière justifiant qu'il soit ordonné à très bref délai, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une mesure de sauvegarde remédiant à une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Cergy le 26 août 2024.
Le juge des référés,
signé
T. Bertoncini
La République mande au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.