Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412226

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A pour modifier et liquider l'astreinte assortissant une précédente injonction faite au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une convocation pour enregistrer sa demande de titre de séjour. Constatant l'inexécution persistante de l'ordonnance du 16 mai 2024, le juge a fait droit à la demande de modification en portant le montant de l'astreinte de 50 à 60 euros par jour de retard à compter d'un nouveau délai de quinze jours. En revanche, le juge a rejeté les conclusions en liquidation de l'astreinte, estimant que cette compétence ne relève pas du référé-modification prévu à l'article L. 521-4.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2024, Mme B A, représentée par Me Cukier, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de modifier l'ordonnance n°2405867 rendue le 16 mai 2024 par la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en portant le montant de l'astreinte à 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de liquider, au bénéfice de Mme A, l'astreinte prononcée par l'ordonnance du 16 mai 2024 à hauteur de la somme de 4 200 euros à parfaire compte tenu du nombre de jours d'inexécution ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- par une ordonnance n°2400147 du 21 février 2024, la juge des référés à enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A, dans le délai de vingt-et-un jours à compter de sa notification, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour ;

- cette première ordonnance n'a pas été exécutée et par l'ordonnance n°2405867 rendue le 16 mai 2024, l'injonction a été assortie d'une astreinte de 50 euros par jour à compter du délai de quinze jours suivant sa notification ; l'ordonnance n°2405867 a été notifiée le jour de son édiction au préfet des Hauts-de-Seine ;

- l'inexécution de cette ordonnance est constitutive d'un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ; il convient désormais porter l'astreinte à 500 euros ;

- il convient en outre de liquider l'astreinte, qui a pris effet le 1er juin 2024, au bénéficie de Mme A.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- l'ordonnance n°2400147 rendue le 21 février 2024 par la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- l'ordonnance n°2405867 rendue le 16 mai 2024 par la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fléjou, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

2. Par une ordonnance n°2400147 rendue le 21 février 2024, la juge des référés du tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A, dans le délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de l'ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Cette première ordonnance n'a pas été exécutée et par l'ordonnance n°2405867 rendue le 16 mai 2024, l'injonction a été assortie d'une astreinte de 50 euros par jour à compter du délai de quinze jours suivant sa notification. Par la présente requête, Mme A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l'astreinte prononcée à l'article 1er du dispositif de l'ordonnance n°2405867 et liquider à son bénéfice les sommes dues au titre de l'astreinte fixée par celle-ci au jour de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions aux fins de modification du montant de l'astreinte :

3. Si l'exécution d'une ordonnance prononçant une injonction sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure d'injonction demeurée sans effet en en modifiant le délai d'exécution ou en prononçant une astreinte destinée à assurer cette exécution, l'inexécution de la décision juridictionnelle présentant le caractère d'un élément nouveau au sens des dispositions dudit article L. 521-4 du code de justice administrative.

4. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas adressé d'observations au tribunal en réponse à la communication de la requête, ait exécuté l'ordonnance n°2405867 rendue le 16 mai 2024, alors que le délai de quinze jours qui lui avait été accordé est expiré depuis plus de trois mois. Ce défaut d'exécution justifie que soit modifié le dispositif de cette ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir l'injonction prononcée par l'ordonnance n° 2405867 d'une astreinte de 60 euros par jour de retard, faute d'exécution dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions aux fins de liquidation de l'astreinte :

5. Il résulte des dispositions du livre V du code de justice administrative, combinées avec celles des articles L. 911-1, L. 911-2, L. 911-3 et L. 911-7 du même code, qu'il appartient au juge des référés statuant en application de l'article L. 521-2 de se prononcer sur la liquidation d'une astreinte précédemment prononcée par lui. Il en est de même, le cas échéant, du juge des référés statuant en appel. En revanche, il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de procéder à la liquidation d'une astreinte prononcée par le juge des référés statuant en application des articles L. 521-2 ou L. 521-4 du même code.

6. En l'espèce, il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de procéder à la liquidation d'une astreinte, procédure qui relève de l'article L. 911-7 du même code. Les conclusions de Mme A aux fins de liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n°2405867 du 16 mai 2024 ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le montant de l'astreinte prononcée à l'encontre du préfet des Hauts-de-Seine par l'ordonnance n°2405867 du 16 mai 2024 est porté à 60 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours après notification de la présente ordonnance et jusqu'à la date à laquelle cette ordonnance aura reçu exécution. Le préfet communiquera au greffe du tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 30 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

V. Fléjou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2412226