Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412288
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 août 2024, M. A B, représenté par Me Paez, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés des 12 et 22 août 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est illégal dès lors qu'il n'est pas signé par un interprète.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. A B ressortissant pakistanais né le 16 mars 1981, déclare être entré en France le 25 août 2015. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du 12 août 2024, modifié le 22 août suivant, le préfet du Val-d'Oise a assigné M. B à résidence dans le département du Val-d'Oise, pour une durée de quarante-cinq jours, à compter du 23 août 2024 et jusqu'au 6 octobre 2024. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés des 12 et 22 août 2024.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". L'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; () ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que celui-ci assigne M. B à résidence dans le département du Val-d'Oise, pour une durée de quarante-cinq jours et l'oblige à se présenter tous les jours entre 8h et 12h, y compris les dimanches et jours fériés, au commissariat de Sarcelles. Toutefois, M. B fait valoir qu'il réside dans la commune de Drancy dans le département de la Seine-Saint-Denis, comme il l'avait déjà indiqué lors de son audition par les services de police le 24 mai 2024 et comme il ressort d'une facture d'un fournisseur d'énergie de janvier 2024. Le préfet du Val-d'Oise, qui n'a formulé aucune observation sur ce point, ne conteste pas les allégations du requérant. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en l'assignant à résidence dans le département du Val-d'Oise, a entaché les arrêtés contestés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le moyen retenu étant le mieux à même de régler le présent litige, que M. B est fondé à demander l'annulation des arrêtés des 12 et 22 août 2024 du préfet du Val-d'Oise.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
8. Comme indiqué au point 3, M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Paez, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Paez de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet du Val-d'Oise des 12 et 22 août 2024 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Paez renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Paez, avocat de M. B, une somme de 800 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Paez et au préfet du Val d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
S. Ouillon
La greffière
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.