Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412318
lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412318 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 août et 2 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Funck, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 29 avril 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, que son visa long séjour a expiré le 24 mars 2024 sans que ne lui soit remis d'attestation de prolongation d'instruction, ayant pour conséquence de mettre fin à la procédure de recrutement en contrat à durée indéterminée dont il faisait l'objet, le plaçant sa famille et lui-même, à savoir sa conjointe et son enfant tous deux de nationalité française, dans une situation de précarité ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
* Est entachée d'un vice de forme, en raison d'un défaut de motivation, dès lors qu'il a sollicité la communication des motifs du refus implicite ;
* Est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
* A été prise en violation des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le requérant a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction et qu'un titre de séjour sera émis dès que l'instruction aura permis de constater qu'il ne constitue pas un trouble à l'ordre public.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2412331, enregistrée le 27 août 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration.
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 septembre 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- et les observations de Me Funck ;
Le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 26 octobre 1996, est entré sur le territoire français le 26 mars 2023 sous couvert d'un visa long séjour en sa qualité de conjoint de français dès lors qu'il est marié depuis le 20 janvier 2023 à une ressortissante française, avec laquelle il a eu un enfant né en France en février 2023. L'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) en date du 29 décembre 2023. Le silence gardé sur cette demande par le préfet du Val-d'Oise a fait naître, le 29 avril 2024, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. En l'espèce, M. A peut se prévaloir de la présomption d'urgence dès lors que la décision contestée a pour objet de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, le préfet ne faisant valoir aucune circonstance particulière de nature à faire échec en l'espèce à la présomption d'urgence. Néanmoins, il ressort des écritures du préfet, corroborées par les déclarations du conseil du requérant, que ce dernier a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A ne saurait en conséquence être regardé comme justifiant de la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 9 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24123182