Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412323

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412323
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B, ressortissante algérienne, qui demandait d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui fixer un rendez-vous pour obtenir un récépissé de demande de titre de séjour étudiant. Le juge constate que la requérante ne justifie pas de l’urgence particulière nécessaire pour obtenir une telle mesure, dès lors qu’elle ne démontre pas être dans l’impossibilité d’accéder à la plateforme ANEF ou avoir accompli des démarches récentes et suffisantes. En outre, deux précédentes requêtes en référé de Mme B avaient déjà été rejetées pour les mêmes motifs. La demande est donc rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu’il soit besoin d’organiser une audience.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024, Mme B, représentée par Me Moulai, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un rendez-vous afin que lui soit délivrée une attestation ou un récépissé de demande d'un certificat de résidence algérien l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, et de lui débloquer l'accès à son compte ANEF, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " dans les délais, qu'elle n'a pas eu connaissance de la demande de pièces complémentaires ayant entraîné la clôture de son dossier, le 15 octobre 2022, qu'elle tente en vain d'obtenir un rendez-vous en vue de la délivrance de ce titre de séjour, lequel est indispensable à la poursuite de ses études, ainsi que pour pouvoir se soigner et travailler ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du juge des référés n°2408040 en date du 8 juillet 2024 rejetant la requête de Mme B ;

- l'ordonnance du juge des référés n°2412049 en date du 21 août 2024 rejetant la requête de Mme B ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 24 octobre 2003, est entrée en France le 5 septembre 2022 munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 28 novembre 2022. La requérante a déposé, le 8 septembre 2022, au moyen du téléservice " Administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF), une première demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ". Son dossier ayant été clôturé le 30 octobre 2022 en l'absence de réponse à une demande de pièces complémentaires, Mme B indique avoir demandé, en vain, par courriels et par courriers, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse se voir délivrer une attestation ou un récépissé de demande d'un certificat de résidence algérien l'autorisant à travailler et de débloquer l'accès à son compte ANEF.

2. Le code de justice administrative dispose, à son article L. 521-3 que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " ; à son article L. 522-1 que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; et à son l'article L. 522-3 que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Pour justifier de l'urgence à prononcer l'injonction sollicitée, Mme B fait valoir qu'elle est arrivée sur le territoire français munie d'un visa étudiant, qu'elle a entamé toutes les démarches pour obtenir son premier titre de séjour portant la mention " étudiant ", mais que l'accès au site ANEF étant bloqué, elle se trouve dans l'impossibilité d'obtenir un titre de séjour ou de justifier du dépôt d'une demande de titre, ce qui risque de l'empêcher de poursuivre son cursus universitaire. Toutefois, ainsi que l'a relevé le juge des référés dans l'ordonnance n°2408040 en date du 8 juillet 2024, il est constant que la demande de titre de séjour formée par Mme B a été clôturée le 30 octobre 2022, faute pour l'intéressée d'avoir répondu à la demande de pièces qui lui avait été adressée et si la requérante fait valoir qu'ayant perdu son portable, elle n'a pu prendre connaissance de cette demande de pièces, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait fait appel à la solution de substitution prévue à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle ait formée une nouvelle demande de titre de séjour, ainsi qu'elle a été invitée à le faire par les services de la préfecture du Val-d'Oise. Par ailleurs, si la requérante, scolarisée à l'Institut des Arts de la Gestion à Paris en première année de BTS " négociation et digitalisation de la relation client " au titre de l'année universitaire 2023-2024, produit à l'appui de sa requête une lettre du président de cet établissement faisant état de risques en cas de non délivrance d'un titre de séjour pour la poursuite de ses études et sa participation à l'examen du BTS, ce dernier n'indique pas qu'il a été décidé de mettre fin à la poursuite de la scolarisation de Mme B au sein de son établissement pour l'année universitaire 2024-2025. Dans ces conditions, ainsi qu'en a jugé le juge des référés dans les ordonnances de rejet susvisées en date du 8 juillet 2024 et du 21 août 2024, Mme B ne justifie pas de circonstances particulières, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour et de sa situation personnelle et familiale, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait, à Cergy, le 9 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.