Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412355
vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412355 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés du tribunal administratif de Cergy-pontoise en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1) De suspendre l'exécution de la décision en date du 8 février 2024 d'opposition à travaux prise par le maire de la commune de Montigny-Lès-Cormeilles ;
2) D'enjoindre au maire de la commune de Montigny-Lès-Cormeilles d'avoir à lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai de 1 mois courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, d'avoir à réinstruire sa déclaration préalable en prenant une décision sans un délai d'un mois courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3) De mettre à la charge de la commune de Montigny Les Cormeilles une somme de 5.000 Euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
La société Free Mobile soutient :
- Qu'elle justifie d'une situation d'urgence dès lors qu'eu égard par ailleurs aux objectifs de déploiement souscrits, l'opposition à travaux contestée fait obstacle à l'édification d'une station relais nécessaire au déploiement du réseau, alors que les cartes de couverture réseau montrent, pour la 3 G, la 4 G et pour la 5 G, que la partie de territoire sur laquelle elle doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux ;
- Qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée tenant à l'incompétence de son signataire, à ce qu'elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article D 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques relatif au devoir de mutualisation des installations radioélectriques et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et à ce qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'atteinte au milieu environnant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, la commune de Montigny-Lès-Cormeilles, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête en soutenant que la requête est dépourvue d'urgence et qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- la requête n° 2412355, enregistrée le 19 juillet 2024, par laquelle la SAS Free Mobile demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 septembre 2024 à
10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- les observations de Me Brunstein-Compars, substituant Me Martin, représentant la SAS Free Mobile.
La commune de Montigny-lès-Cormeilles n'était ni présente ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile a déposé, le 18 janvier 2024, une déclaration préalable portant sur l'installation d'une station relais composé d'antennes de téléphonie mobile dissimulées dans trois fausses cheminées sur un bâtiment implanté sur une parcelle cadastrée section AO sous le n° 818 et situé 7 rue John Lennon sur la commune de Montigny-Lès-Cormeilles. Par une décision en date du 8 février 2024, la commune s'est opposée à la déclaration préalable au motif que, d'une part, le projet ne respecte pas le devoir de mutualisation imposé par le code des postes et des communication électroniques et, d'autre part, les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par la présente requête, la SAS Free Mobile demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'État quant à cette couverture du territoire par ses réseaux de téléphonie mobile de troisième génération (3 G), de quatrième génération (4 G) et de cinquième génération (5 G), ainsi qu'à la circonstance que la partie du territoire de la commune requérante sur laquelle les antennes relais doivent être implantées n'est pas couverte par les réseaux de la société Free Mobile, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être, alors d'ailleurs que la commune se borne en défense à soutenir que la société requérante ne démontre pas l'urgence des travaux litigieux, regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. D'une part, si la décision attaquée se prévaut des dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques pour critiquer l'absence de respect par la société Free Mobile d'un devoir de mutualisation des installations existantes, il est constant que cet article n'impose aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs.
6. D'autre part, si l'arrêté entend se fonder également sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme pour justifier son opposition, il ressort des écritures de la commune requérante que celle-ci se borne à faire valoir, sans produire aucun document permettant de l'étayer, que les fausses cheminées dissimulant les antennes sont d'une taille démesurée, soit 3, 60m, les rendant visibles depuis l'espace public et dénaturant la qualité architecturale des paysages avoisinants. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier de la société Free Mobile que ces installations doivent être implantées sur un bâtiment à l'esthétique et à la qualité architecturale ne présentant aucun caractère particulier, à proximité d'un chemin de fer, de parkings et d'autres superstructures techniques.
7. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité. Il y a lieu en conséquence de suspendre son exécution et d'enjoindre à la commune de Montigny-Lès-Cormeilles de délivrer à la société Free Mobile une décision de non-opposition dans un délai de 1 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Montigny Les Cormeilles, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision en date du 8 février 2024 d'opposition à travaux prise par le maire de la commune de Montigny-Lès-Cormeilles est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Montigny-Lès-Cormeilles de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposé le 18 janvier 2024 en vue de l'installation d'une station relais composé d'antennes de téléphonie mobile dissimulées dans trois fausses cheminées sur un bâtiment implanté sur une parcelle cadastrée section AO sous le n° 818 et situé 7 rue John Lennon sur le territoire de la commune dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Montigny-Lès-Cormeilles versera à la SA Free Mobile une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Montigny-Lès-Cormeilles.
Fait à Cergy, le 13 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.