Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412383
lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 août 2024, M. B A, représenté par Me Haik, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande de carte de résident présentée sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de huit jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés pour sa défense, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'en dépit de nombreuses tentatives depuis plusieurs mois, il ne réussit pas à déposer sa demande de titre de séjour alors qu'il est père d'un enfant, né le 1er août 2018, qui s'est vu reconnaître le bénéfice du statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 30 mars 2021 ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle lui permettra de faire respecter son droit à régularisation alors qu'il se heurte à des difficultés pour effectuer les démarches sur la plateforme administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Après un premier mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, concluant au rejet de la requête, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, par un nouveau mémoire enregistré le 13 septembre 2024, au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que M. A a été convoqué par ses services le lundi 16 septembre 2024 à 9 heures à fin de faire enregistrer sa demande.
Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2024, M. A, représenté par Me Haik, indique qu'il maintient l'intégralité de ses demandes.
Il fait valoir notamment que l'envoi, le vendredi 13 septembre 2024, d'une convocation fixée le lundi 16 septembre à 9 heures pour enregistrer sa demande, sans délai de prévenance, ne lui a pas permis de mettre à jour les éléments pertinents de son dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 20 juillet 1975, est le père d'un enfant, né le 13 février 2018, qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA du 30 mars 2021. Il fait valoir qu'il ne parvient pas à faire enregistrer sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer pour qu'il puisse déposer sa demande de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
4. D'une part, il n'est pas contesté par le préfet des Hauts-de-Seine que la demande de M. A ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
5. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
6. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.
7. Il résulte de l'instruction que M. A ne parvient pas à faire enregistrer sa demande de délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'un étranger mineur non marié ayant obtenu le bénéfice de la protection internationale, faute d'entrer dans les catégories de demandeurs de titre de séjour qui lui étaient proposées sur le site de l'ANEF. Si, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le 13 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a adressé à M. A une convocation pour le lundi 16 septembre 2024 à 9 heures en vue de lui permettre de déposer sa demande, il résulte de l'instruction que l'envoi de cette convocation le vendredi précédent n'a pas permis au requérant de déposer sa demande de titre dans de bonnes conditions, notamment en disposant de l'ensemble des pièces nécessaires au dépôt de son dossier. Dans ces conditions, dès lors que M. A justifie être le père d'un enfant mineur ayant obtenu le bénéfice de la protection internationale et avoir tenté en vain depuis plusieurs mois de déposer une demande de titre de séjour en cette qualité, la demande de l'intéressé revêt un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de communiquer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation à M. A afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de carte de résident présentée sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de communiquer à M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de carte de résident présentée sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait, à Cergy, le 21 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
T. Louvel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.