Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412386

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise était saisi d'un recours en excès de pouvoir contre une décision de l'OFII du 21 août 2024 ordonnant la sortie d'un demandeur d'asile de son hébergement HUDA pour comportement violent. En cours d'instance, l'OFII a retiré cette décision le 9 septembre 2024, entraînant sa disparition rétroactive. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions principales, aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte, et a rejeté le surplus des demandes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. C A, représenté par Me Lujien demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision de sortie de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile prise le 21 août 2024 à son encontre par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

3°) d'enjoindre au " Préfet " de le rétablir dans son logement au sein de la structure HUDA à Malakoff, ou d'une structure équivalente, dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente qui, de plus, ne peut pas être identifiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 552-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits de violence qui lui sont reprochés ne sont pas établis et sont, en tout état de cause, insuffisants pour constituer un manquement au règlement du lieu d'hébergement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que la décision attaquée a été retirée par une décision du 9 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des articles L. 551-1 et L. 921-1 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,

- et les observations de Me Lujien, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que sa requête n'a pas perdu son objet dès lors que l'OFII n'a pas pris de décision ordonnant sa réintégration dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile et que les faits de violence qui lui sont reprochés ne sont pas établis.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 27 mars 1990, serait entré en France le 3 juillet 2023 où il a présenté le 29 août 2023 une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a accordé à M. A un hébergement, au titre des conditions matérielles d'accueil, et un logement a été mis à sa disposition, à compter du 6 décembre 2023 par la structure d'accueil Hébergement d'Urgence des Demandeurs d'Asile (HUDA) COALLIA à Malakoff. Par une décision du 21 août 2024, l'OFII a prononcé la sortie de M. A de cet hébergement compte tenu de son comportement violent à l'égard de sa compagne tout en lui maintenant le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision du 21 août 2024.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par une décision du 9 septembre 2024, intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, l'OFII a retiré la décision prise le 21 août 2024 de sortie de M. A de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile. Cette décision du 9 septembre 2024 emporte ainsi disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté. Il s'ensuit que les conclusions de la requête aux fins d'annulation ainsi que celles aux fins d'injonction et d'astreinte, sont devenues sans objet. Ainsi, il n'y a pas lieu d'y statuer.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII, une somme en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Lujien, avocate de M. A, qui a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 août 2024, ni sur ses conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Lujien et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.