Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412398
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 août et le 6 septembre 2024, M. C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 août par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'informant d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et l'arrêté du 1er septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision de refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête n'appelle aucune observation particulière de sa part et transmet les pièces utiles au dossier.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024 le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision d'assignation à résidence et transmet les pièces constitutives du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. d'Argenson a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant gabonais né le 1er février 1998, est entré sur le territoire français en 2018 selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 août 2024, dont
M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 1er septembre 2024, dont M. C demande également l'annulation, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
2. M. C demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet des
Hauts-de-Seine aurait refusé de lui délivrer un titre de séjour. Toutefois, l'arrêté litigieux ne contient pas l'énoncé d'une telle décision. Il s'ensuit que ces conclusions dirigées contre une décision inexistante ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de prendre les décisions contestées. Si le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation en ce que son arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il avait entrepris des démarches en vue de régulariser sa situation, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français en 2018 et n'a sollicité une demande d'admission exceptionnelle au séjour que le 31 janvier 2024. Compte tenu de cette durée, c'est à bon droit et sans erreur de fait que le préfet des Hauts-de-Seine a pu considérer que M. C n'avait pas cherché à régulariser sa situation, la circonstance que l'intéressé soit convoqué en vue d'examiner sa demande de titre de séjour le 15 décembre 2025 étant sans influence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation, de l'absence d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. C soutient qu'il réside en France depuis 2018 et qu'il est en couple avec une compatriote avec qui il a une fille de trois ans. Toutefois, il n'établit pas la communauté de vie avec sa concubine ni même qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille. La seule production de virements sans identification du destinataire et d'attestations de témoins ne permettent pas d'établir l'intensité de ses liens avec sa fille. De surcroît, il ne justifie pas d'une particulière insertion au sein de la société française. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de plusieurs interpellations depuis 2021 notamment à deux reprises pour des faits de violence conjugales dont une fois en présence d'un mineur. Il a également été interpellé le 26 août 2024 dans le cadre d'un flagrant délit de conduite sans permis, exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre et conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de stupéfiants, alors même qu'il entend solliciter la régularisation de son séjour. Enfin, le requérant ne démontre, ni même n'allègue, l'existence d'obstacles réels et sérieux à un retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusque l'âge de vingt ans. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a ni porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. C, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Si M. C soutient que la décision attaquée serait entachée d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'il se soit vu opposer une décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par conséquent, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Par arrêté n°2024-31 du 2 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, le préfet a donné délégation à Mme A D, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture, à l'effet de signer la décision contestée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ".
9. Il ressort des pièces du dossier, que l'intéressé, qui a déclaré lors de son audition administrative ne pas entendre se conformer à une éventuelle obligation de quitter le territoire français, s'est maintenu sur le territoire français au-delà depuis 2018, soit depuis son entrée irrégulière alléguée sur le territoire, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour avant 2024. Dans ces conditions, M. C ne faisant état d'aucune circonstance particulière permettant d'écarter la présomption établie par l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, sans méconnaitre les dispositions précitées ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. En l'espèce, il ressort des termes de la décision contestée, que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un un à l'encontre du requérant, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, qu'il ne justifie pas de liens suffisamment intenses avec la France et du fait qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, ces éléments étant de nature à justifier l'interdiction de retour prononcée à son encontre. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou disproportionnée doivent être écartés.
13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
14. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n°1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire "
15. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'elles sont dirigées contre le signalement aux fins de non-admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
16. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale,
M. C n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.
17. L'arrêté portant assignation à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé, et, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, ne sont pas entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. C.
18. Aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
19. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Par suite, il est au nombre des étrangers qui peuvent être assignés à résidence sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que son éloignement demeure une perspective raisonnable, l'intéressé disposant d'un passeport valide jusqu'en 2028. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.
20. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P-H. d'Argenson
La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne aux préfets des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise en ce qui les concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.