Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412433
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Dorpe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement dans le fichier du système d'information Schengen ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant retrait de sa carte de séjour pluriannuelle :
- le motif tiré de la menace qu'il représenterait pour l'ordre public sur lequel elle se fonde n'est pas fondé ;
- elle méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au renvoi à une formation collégiale des conclusions dirigées contre la décision portant retrait du titre de séjour de M. B et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :
- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,
- les observations de Me Dorpe, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'il expose à l'oral ;
- et les observations de M. B.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 25 octobre 1973, serait entré en France le 25 mars 2005, et s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable du 2 août 2023 au 1er août 2027. Par un premier arrêté du 13 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un second arrêté du 5 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions dirigées contre la décision de retrait de carte de séjour pluriannuelle :
2. Aux termes de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, les dispositions, issues de cette loi, des titres I et II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent seulement à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur, intervenue le 15 juillet 2024. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code, dans leur rédaction applicable au litige. L'article L. 614-8 du même code prévoit que lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Et aux termes de l'article R. 776-10 du code de justice administrative, alors en vigueur : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code et les autres décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence. ".
3. M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence par décision du préfet des Hauts-de-Seine du 5 juillet 2024 qui a été notifiée en même temps qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français édictée le 13 juin 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions notifiées le même jour obligeant l'intéressé à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 13 juin 2024 retirant à M. B sa carte de séjour pluriannuelle. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant relatives à la décision lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle ainsi que les conclusions annexes y afférentes.
Sur les conclusions dirigées contre les autres décisions attaquées :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises.
6. M. B soutient être entré en France le 25 mars 2005 et il ressort des pièces du dossier et notamment des éléments versés par le préfet en défense, qu'il y réside en situation régulière depuis le 15 février 2012. Si l'intéressé soutient qu'il exerce une activité professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le mois de mars 2013, il n'apporte, dans la présente instance, aucune pièce à l'appui de ses allégations permettant de les tenir pour établies. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment des observations présentées au cours de l'audience publique, que l'épouse de M. B réside dans son pays d'origine, que ses trois enfants, majeurs, résident à l'étranger et qu'il ne dispose en France d'aucune attache familiale. Ainsi, en dépit de la durée de son séjour en France, M. B n'établit pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts familiaux et personnels. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B dirigées contre les décisions, prises à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine les 13 juin 2024 et 5 juillet 2024, visées au point 1 du jugement, autres que celle portant retrait de carte de séjour pluriannuelle, doivent être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance, en ce qu'elles se rapportent aux conclusions aux fins d'annulation de ces décisions.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a retiré à M. B sa carte de séjour pluriannuelle et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en tant qu'elles se rattachent aux conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de sa carte pluriannuelle de séjour, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
S. Ouillon
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.