Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412571

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412571
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B, attaché d'administration, qui demandait la transmission intégrale d'un rapport d'enquête administrative diligenté par la région Île-de-France à la suite d'un signalement pour harcèlement sexuel. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant de démontrer un risque imminent de sanction disciplinaire ou une atteinte grave à ses droits de la défense. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris les demandes d'injonction et d'indemnisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la région Ile-de-France de lui transmettre l'intégralité du rapport d'enquête concernant le lycée Marie Curie de Sceaux, avec les limites fixées par la commission d'accès aux documents administratifs, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la région Ile-de-France de ne pas transmettre ce rapport au rectorat de Versailles et de s'y engager par écrit ;

3°) de condamner la région Ile-de-France à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Il soutient que la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il existe un risque imminent de transmission de ce rapport à son employeur et qu'il soit sanctionné sans qu'il n'ait pu le consulter ni apporter des observations, portant ainsi atteinte à son droit à la défense ; que les déclarations de la région Ile-de-France sont contradictoires quant au fait qu'il ait déjà fait l'objet d'une communication de la part du rectorat et que cette transmission lui causera un préjudice immédiat sur sa carrière professionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, attaché d'administration de l'Etat depuis le 1er septembre 2000, exerce des fonctions de secrétaire général et d'agent comptable au sein du lycée Marie Curie à Sceaux. A la suite d'un signalement pour harcèlement sexuel qu'il a effectué concernant un agent, une enquête administrative a été diligentée par la Région Ile-de-France qui a donné lieu à un rapport dont les conclusions lui ont été communiquées le 9 juin 2024. Malgré plusieurs démarches et un avis favorable de la commission d'accès aux documents administratifs le 18 juillet 2024 quant à la transmission intégrale du rapport, M. B n'a pas obtenu cette transmission par la région. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la région Ile-de-France de lui transmettre l'intégralité du rapport d'enquête.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. B fait valoir que l'absence de transmission du rapport d'enquête complet entraîne, au regard des préconisation dudit rapport, un risque imminent qu'il soit sanctionné sans qu'il n'ait pu ni le consulter ni apporter des observations, portant ainsi atteinte à ses droits de la défense. Toutefois, il résulte de l'instruction que le rapport litigieux préconise notamment, concernant le service auquel appartient M. B, " l'établissement avec le rectorat, des objectifs partagés de management de la communauté éducative ". Cette mesure ne faisant pas apparaître de risque imminent pour M. B de faire l'objet d'une sanction disciplinaire, et dès lors au demeurant que la personne responsable de l'accès aux documents administratifs pour la région Ile-de-France l'a informé, dans un courriel en date du 9 août 2024, qu'une réponse serait apportée à sa demande de communication du rapport dans la première quinzaine du mois de septembre, M. B n'établit pas l'existence d'une circonstance rendant sa demande urgente au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative,

5. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Cergy, le 18 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. Richard

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.