Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412605

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412605
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la mutation d'office d’un maréchal des logis-chef de la gendarmerie, prononcée dans l’intérêt du service. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas apporté d’éléments concrets pour établir les conséquences graves et immédiates de la décision sur sa situation professionnelle, financière ou personnelle. La requête a été rejetée sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, sans examen des moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de mutation d'office n° 36584 en date du 9 août 2024 par laquelle le lieutenant-colonel, chef de bureau du personnel sous-officier de gendarmerie et volontaire a prononcé sa mutation d'office dans l'intérêt du service pour des motifs tenant à sa personne dans la gendarmerie d'Ile-de-France ;

2°) d'ordonner le maintien de sa mise à disposition au profit du détachement du COMCYBERGEND au Centre national des opérations, dans l'attente du jugement au fond, sauf le cas où sa candidature à un appel à volontaire serait retenue ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat-Gendarmerie la somme de 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaire, dès lors qu'elles emportent des conséquences sur sa situation professionnelle, personnelle et médicale ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un non-respect des droits de la défense ;

* les pièces au dossier sont partiellement produites, erronées et non datées ;

* elle est entachée d'un détournement de procédure en ce que sa mutation représente une sanction disciplinaire déguisée ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'article 65 de la loi du 22 avril 1905.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, maréchal des logis-chef de la section communication, rayonnement et multimédias de l'Etat-major du COMCYBERGEND des Hauts-de-Seine, a fait l'objet d'une décision de mutation n°34984 du 30 juillet 2024 en Haut-de-France, puis d'une décision de mutation n°36584 en date du 9 août 2024 portant modification de la décision initiale, prise par le ministre de l'intérieure, ainsi que d'un ordre de mutation au sein de la brigade territoriale autonome de Monstoult à compter du 16 octobre 2024. Par la présente requête, M. B demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision et de l'ordre de mutation.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. B fait valoir, sans l'établir, que d'une part, l'exécution de cette décision a un impact sur sa réussite professionnelle en raison du changement de secteur d'activité, ce dernier étant affecté à la brigade territoriale autonome de la commune de Montsoult dans le Val-d'Oise et, d'autre part, que cette décision emporte des conséquences sur sa situation financière, occasionnant de grosses pertes pécuniaires liées à la réfection de son logement, ses abonnements annuels sportifs et culturels et des frais de rupture de contrat de son employé de maison. Il fait également valoir que la décision litigieuse porte atteinte à sa situation personnelle, aggravant son état psychologique fragile. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'en l'absence de tout élément permettant d'apprécier concrètement la réalité des difficultés financières, sociales et personnelles qu'il invoque, le requérant ne saurait être regardé, en l'état, comme justifiant d'une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et de rejeter la requête de M. B dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Cergy, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.