Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412675

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, ressortissant sénégalais, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le juge a notamment relevé que les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi étaient irrecevables en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit une procédure de contestation spécifique. S'agissant du refus de renouvellement de titre de séjour, le tribunal a estimé qu'aucun des moyens soulevés, tirés notamment de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance du droit d'être entendu, de l'insuffisance de motivation, ou de l'erreur d'appréciation au regard de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et de l'article 8 de la

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Camara, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, accompagnée d'une autorisation provisoire de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors que l'arrêté attaqué porte atteinte à la poursuite de ses études et de son contrat d'alternance ;

- l'arrêté contesté, pris en toutes ses décisions, est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance de son droit à être entendu en vertu de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; par ailleurs, la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en outre, la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour sur laquelle elle se fonde et elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ; enfin, la décision fixant le pays de destination est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; ces moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un courrier du 17 septembre 2024, les parties ont été informées que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions fondées sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, aux fins de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la procédure particulière de contestation qui en découle.

M. A a produit des observations, enregistrées le 17 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2412686, enregistrée le 3 septembre 2024 demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 19 septembre 2024 à

14 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard, juge des référés ;

- les observations de Me Camara, représentant M. A, ainsi que M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 28 juin 1997, déclare être entré en France le 1er septembre 2018 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", puis s'est vu délivrer des titres de séjour " étudiant " dont le dernier a expiré le 31 août 2024. Le 20 mai 2024, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 14 août 2024, dont M. A demande la suspension au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions tendant à la suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

3. Le contentieux relatif aux obligations de quitter le territoire français et aux décisions fixant le pays de renvoi qui les accompagnent est régi par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui organisent une procédure particulière de contestation se traduisant notamment par le caractère non exécutoire de ces mesures pendant le délai de recours et par l'effet suspensif attaché à la demande formée devant le tribunal administratif jusqu'à ce que le président du tribunal ou son délégué ait statué. Par ces dispositions, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure contentieuse régissant la contestation devant la juridiction administrative des décisions faisant obligation à un étranger de quitter le territoire français et des décisions fixant le pays de renvoi qui les accompagnent qui ne sont, par suite, pas justiciables de la procédure instituée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative devant le juge des référés du tribunal administratif.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant, présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à fin de suspension des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

6. Aucun des moyens invoqués par M. A à l'appui de sa demande de suspension tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions présentées par M. A à fin de suspension de l'exécution de la décision du 14 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé le renouvellement de son titre de séjour doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions de sa requête à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 20 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.