Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412719

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. A, ressortissant algérien demandeur d'asile, d'un recours en excès de pouvoir contre une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 28 août 2024 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation, une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité, et une méconnaissance des articles L. 551-15 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ainsi que de l'article 3.1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a examiné le moyen tiré de ce que la décision de refus, fondée sur un refus d'orientation en région, ne prenait pas en compte la vulnérabilité du demandeur et sa situation familiale, comme l'exige l'article L. 551-15 du CESEDA. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'analyse porte sur la légalité

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Pere, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision en date du 28 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à compter du 28 août 2024, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Pere, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne l'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 551-15 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il n'a pas été tenu compte de sa situation familiale dans la proposition d'orientation en région ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant, en ce qu'elle ne prend pas en compte la vulnérabilité de sa famille et l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson, vice-président, en application des dispositions des articles L. 921-1 et L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- les observations de Me Mariette, substituant Me Père, représentant M. A, également présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

La directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 7 juillet 1985, a présenté une demande d'asile en son nom et ceux de ses deux enfants mineurs. Son épouse a obtenu le bénéfice de la protection internationale par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 23 août 2024. Par une décision du 28 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé d'accorder à

M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il avait refusé l'orientation en région qui lui avait été proposée. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 552-8 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ".

5. Pour refuser d'octroyer à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur le motif que l'intéressé avait refusé l'orientation en région qui lui avait été proposée. Toutefois, s'il est constant que M. A a refusé cette orientation, il ressort des pièces du dossier que la proposition d'orientation à Montpellier effectuée par l'OFII ne tenait pas compte de la situation personnelle et familiale du requérant, son épouse étant hébergée avec son fils au centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Cergy (95000). L'orientation en région de M. A et de ses deux enfants aurait fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale et notamment à ce que la fille du requérant soit hébergée avec sa mère, dont elle a été séparée pendant plus d'un an. Il ressort également des certificats médicaux versés au dossier que le fils du requérant, âgé de neuf mois, présente des problèmes respiratoires ayant conduit à son hospitalisation en réanimation, qui nécessitent un suivi régulier à l'hôpital Robert Debré, spécialisé dans la prise en charge pédiatrique de sa pathologie, et au sein de la protection maternelle infantile de Vaucouleurs (75011). Au regard de ces éléments, M. A disposait d'un motif légitime pour refuser l'orientation en région qui lui a été proposée. Enfin, si l'OFII fait valoir que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile est saturé dans les Hauts-de-Seine, treize familles se trouvant en attente d'hébergement, ce dispositif est tout autant saturé dans l'Hérault, région d'orientation proposée au requérant, où trente-neuf familles sont en attente d'un hébergement. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII a méconnu les dispositions des articles L. 551-15 et

L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer rétroactivement à M. A les conditions matérielles d'accueil au titre de la période au cours de laquelle il pouvait en bénéficier, soit à compter du 28 août 2024, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Pere, conseil de M. A, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus. Dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à

M. A.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 28 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à

M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 28 août 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que M. A soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, l'OFII versera la somme de 1 000 euros à Me Pere, conseil du requérant. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause lui sera versée directement.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P.-H. d'Argenson

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.