Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412722

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B pour obtenir une injonction de rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande de titre de séjour. Le juge a d'abord admis la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a rappelé que l'administration doit fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable pour enregistrer une demande de séjour, mais a constaté que Mme B avait déjà déposé sa demande en ligne et que celle-ci était en cours d'instruction, ce qui ne démontrait pas un dysfonctionnement ou une urgence justifiant une mesure d'injonction. Par conséquent, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, Mme B représentée par Me Sezgin-Guven demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui fixer une date de rendez-vous afin qu'elle puisse obtenir une carte de séjour, de lui délivrer un récépissé de dépôt et enfin d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée en raison de l'existence d'une période prolongée de précarité liée à l'anxiété permanente d'un contrôle de sa situation administrative dès lors qu'elle attend sa régularisation depuis 14 mois.

- la mesure présente un caractère utile dès lors qu'elle a sollicité en vain une convocation en vue de déposer sa demande de titre de séjour ;

- la demande ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Val d'Oise lequel n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gabarda, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En outre, en raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B justifie avoir déposé le 19 mars 2024 via la plateforme informatique " démarches-simplifiées.fr ", une demande d'admission exceptionnelle au séjour en cours d'instruction par l'administration. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait été dans l'impossibilité de procéder en ligne aux formalités préalables au dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, la demande d'injonction tendant à la délivrance d'un rendez-vous afin d'obtenir une carte de séjour ne présente pas un caractère d'utilité au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Si la requérante sollicite également par voie d'injonction la délivrance d'un récépissé valant droit au séjour durant le temps d'instruction de sa demande, elle n'établit pas cependant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée le 19 mars 2024 présentait un caractère complet.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et au titre des frais de justice doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet du Val d'Oise.

Fait à Cergy, le 9 octobre 2024.

Le juge des référés

signé

O. Gabarda

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.