Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412728

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412728
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Saisi en référé par la SARL "Le Pain de la Reine", le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 27 août 2024 ordonnant la fermeture administrative de sa boulangerie pour trente jours. Le juge a estimé que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'était pas remplie, la société n'établissant pas, par les pièces produites, l'existence d'un préjudice grave et immédiat. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés, notamment celui tiré du caractère disproportionné de la mesure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc ", représentée par Me Boy, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la fermeture administrative de la SARL " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc, situé 2 rue du Parc à Boulogne-Billancourt (92100), pour une durée de trente jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la fermeture administrative engendre un préjudice économique direct et considérable pour la requérante, la prive de la possibilité de pouvoir entreprendre des travaux de mise en conformité de ses installations et pourrait conduire à la cessation définitive de son activité ;

- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisant motivé ;

- la mesure prise est manifestement disproportionnée, au regard des conséquences économiques et financières qu'elle emporte.

Vu :

- la requête n° 2413064, enregistrée le 4 septembre 2024, par laquelle la SARL " Le Pain de la Reine " demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 27 août 2024, notifié le 2 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la fermeture de la SARL " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc " pour une durée de trente jours. Par la présente requête, la SARL " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc " demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

4. Pour caractériser l'urgence qui s'attache, selon elle, à la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige, la société requérante invoque le préjudice économique engendré par la fermeture administrative de son établissement, notamment au regard des travaux de mise en conformité qui ont dû être suspendus et ont entraîné des frais supplémentaires, de l'obligation de maintenir les salaires et de payer ses fournisseurs. Elle insiste également sur les conséquences économiques graves de la mesure de fermeture administrative prononcée à son encontre, qui devrait conduire à la cession de l'exploitation. Toutefois, si la requérante produit une capture d'écran d'un compte bancaire ainsi qu'une facture d'un montant de 2 448 euros, ces documents lacunaires présentent un caractère insuffisamment probant. Ainsi, par les éléments qu'elle produit, la requérante n'établit pas l'existence d'un préjudice grave et immédiat résultant de l'arrêté litigieux permettant de justifier de la condition d'urgence mentionnée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, qu'en l'absence d'urgence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter la requête de la SARL " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc " en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SARL " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc " est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL " Le Pain de la Reine " à l'enseigne " Boulangerie du Parc ".

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine

Fait à Cergy, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.