Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412784

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412784
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme B tendant à la suspension de l’arrêté préfectoral du 8 juillet 2024 suspendant son permis de conduire pour six mois. La juge des référés a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, compte tenu de la gravité de l’infraction routière commise (excès de vitesse de plus de 40 km/h) et des impératifs de sécurité routière, qui prévalent sur les difficultés professionnelles et familiales invoquées par la requérante. La requête a été rejetée sans examen des moyens de légalité soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Alagapin-Graillot, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 1271/2024 référencé " 3F ", du 8 juillet 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de suspendre la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle risque de perdre son emploi à défaut de disposer de son permis de conduire pour se rendre sur son lieu de travail, celui-ci étant inaccessible en transport en commun, et qu'elle est mère d'enfants en bas âges qui ont des activités extrascolaires ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué qui :

* est insuffisamment motivé ;

* est entaché d'une erreur d'appréciation ;

* méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête n° 2412966 enregistrée le 5 septembre 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté référencé " 3F " du 8 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise a suspendu la validité du permis de conduire de Mme B pour une durée de six mois. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence à statuer sur sa demande, Mme B soutient qu'elle a impérativement besoin de se déplacer en voiture pour se rendre sur son lieu de travail et que la suspension de son permis de conduire porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision attaquée est fondée sur ce que l'intéressée a conduit son véhicule dans le cadre d'un dépassement de plus de 40 km/h de la vitesse maximale autorisée, alors qu'elle indique elle-même que son métier la contraint à utiliser un véhicule à moteur. Par suite, eu égard à la gravité de cette infraction, la suspension du permis de conduire de Mme B répond à des exigences de protection et de sécurité routière. Dès lors, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être considérée comme remplie.

5. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux entachant la légalité de l'arrêté attaqué, il y a lieu de rejeter la requête de Mme B en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Cergy, le 10 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.