Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412796

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationRéférés urgents

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. H et M. A. Celle-ci visait à annuler un arrêté préfectoral du 2 septembre 2024 mettant en demeure des gens du voyage de quitter un terrain situé à Pierrelaye. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que l'arrêté était signé par une autorité compétente, suffisamment motivé, et que l'absence de délégation du maire pour solliciter la mise en demeure était sans incidence sur sa légalité. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir pour tardiveté soulevée par le préfet. Les textes appliqués sont la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, M. E H et M. C A, représenté par Me Genies, demandent au tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :

1) D'annuler l'arrêté n° 2024-1003 de la sous-préfecture d'Argenteuil portant mise en demeure de quitter les lieux aux gens du voyage stationnés sur le territoire communal de la commune de Pierrelaye en date du 2 septembre 2024, notifié le 3 septembre de la même année ;

2) De mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence dès lors qu'il est intervenu en l'absence d'arrêté interdisant le stationnement des caravanes dans la commune de Pierrelaye ;

- la demande déposée auprès de la préfecture n'a pas été faite par le maire mais par le directeur général des services de la commune ; il n'est pas établi qu'il était compétent pour le faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 9-1 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, dès lors que la commune de Pierrelaye n'est pas dotée de structures permettant l'accueil des gens du voyage ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas démontré que le terrain sur lequel est installé le groupe serait une propriété privée ou publique ;

- il est entaché d'erreur sur la qualification juridique des faits, le campement en cause ne portant nullement atteinte à la salubrité, à la sécurité ou la tranquillité publique.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 9 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable pour cause de tardiveté et, à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé. ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 septembre 2024 à

10 h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lamy, magistrat désigné ;

- les observations de M. D, représentant le préfet du Val-d'Oise ;

- et les observations de M. F, maire de la commune de Pierrelaye.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° 2024-1003 du 2 septembre 2024, notifié le 3 septembre 2024 à 17h15, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un terrain situé rue des deux Ormes sur la commune de Pierrelaye de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, faute de quoi il serait procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. B G, sous-préfet de l'arrondissement d'Argenteuil, était, contrairement à ce que soutiennent les requérants, compétent en vertu d'un arrêté portant délégation de signature en date du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise pour signer l'arrêté litigieux.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de fait et de droit, notamment la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage qui en constitue le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, la circonstance que la mise en demeure ait été sollicitée par le directeur général des services de la commune en dehors de toute délégation n'est en tout état de cause pas de nature à entraîner son annulation, dès lors que cette circonstance n'a privé les requérant d'aucune garantie et est sans influence sur le sens de l'arrêté attaqué.

5. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; / 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; / 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () / II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".

6. D'une part, si les requérants soutiennent que la commune de Pierrelaye n'est pas suffisamment dotée de structures permettant l'accueil des gens du voyage, il ressort des pièces du dossier que la commune de Pierrelaye dispose d'une aire permanente d'accueil de 26 places mutualisée avec la commune de Beauchamp. Par ailleurs, si le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage en date du 23 février 2022 a prescrit à la communauté d'agglomération de Val-Parisis la réalisation de 120 places de terrains locatifs familiaux, il ressort également des pièces du dossier que le délai initial de deux ans pour les réaliser a été prorogé de deux ans par un arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 28 mars 2024.

7. D'autre part, les requérants ne sauraient utilement soutenir qu'il existerait un décalage entre les préconisations du schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage, les aires d'accueil restant encore à réaliser et le manque de solution d'habitat adapté à leur situation.

8. Enfin, alors que par ailleurs la communauté d'agglomération susmentionnée a reçu compétence en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage et a bénéficié d'un report de délai pour leur réalisation ainsi que mentionné au point 6 du présent jugement, la circonstance que le département du Val-d'Oise n'aurait pas rempli ses obligations en matière d'accueil des gens du voyage est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la loi du 5 juillet 2002 susvisée doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'arrêté attaqué doive mentionner le régime de propriété public ou privé du terrain d'assiette occupé. En toute état de cause, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette, dont la propriété communale n'est pas contestée, accueille un lieu d'activité destiné aux familles et aux enfants et constitue ainsi un élément du domaine public de la commune. Le moyen présenté à ce titre sera écarté.

11. En cinquième lieu, alors que le maire de la commune de Pierrelaye s'est opposé au transfert de ses pouvoirs de police spéciales à la communauté d'agglomération Val-Parisis par un courrier en date du 22 septembre 2020, que ladite agglomération a, par un arrêté du

17 décembre 2020, renoncé notamment à ses pouvoirs de police spéciale en matière de stationnement des résidences mobiles des gens du voyage et qu'enfin, le maire de Pierrelaye a, par un arrêté permanent du 9 août 2016 règlementant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de sa commune, fait interdiction de stationner en dehors de l'aire d'accueil intercommunal " Aire de la Verdine ", il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport de la police municipale de la commune en date du 2 septembre 2024, qu'une soixantaine de véhicule se sont installés sur la parcelle située rue des deux Ormes sur la commune de Pierrelaye après avoir déplacé la protection en béton installée pour empêcher les intrusions sur le terrain, que des branchements électriques et en eau non conformes ont été réalisés, que les conditions d'hygiène ne sont pas réunies comme en témoignage les fortes odeurs nauséabondes en abord de la parcelle, que les usagers ne peuvent plus utiliser le parc public et qu'enfin, situé à proximité d'une école et d'un centre de loisirs, le campement illicite emporte un risque routier pour leurs usagers comme pour les riverains du parc. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant commis une erreur dans la qualification juridique de ces faits constatés au soutien de la mise en demeure litigieuse en estimant qu'ils portaient atteintes à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques. Il suit de là que le moyen présenté à ce titre sera écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la mise en demeure de quitter les lieux " est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ". En ordonnant aux occupants de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures, délai qui n'est pas inférieur au délai prévu par la loi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. H et M. A dans toutes ses conclusions.

Sur les frais irrépétibles :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Val-d'Oise présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H et M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet du Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E H, à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée à la commune de Pierrelaye.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

E. Lamy

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.