Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412863
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024, le rapport de
M. d'Argenson, magistrat désigné.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant marocain né le 3 mai 1972, déclare être entré sur le territoire français irrégulièrement dans les années 1980. Par un arrêté du 4 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée renouvelable de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme C A, attachée, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 2024-31 du 2 juillet 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, d'une délégation à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés du 4 septembre 2024 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les arrêtés contestés comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent les fondements. Ils sont, de fait, suffisamment motivés. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter préalablement, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour sur le territoire national et ses motifs, dès lors qu'il n'a pas formé antérieurement de demande d'admission au séjour à l'occasion de laquelle il aurait pu faire valoir ses observations.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation pour des faits de violence volontaire en état d'ivresse le 4 septembre 2024, M. B a été auditionné en français par les services de police le même jour, et a ainsi été mis en mesure de faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation personnelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été empêché de présenter ses observations avant que soient pris les arrêtés attaqués. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que ces arrêtés auraient été adoptés en méconnaissance du droit d'être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté
6. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés attaqués, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen de la situation personnelle de M. B au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.
7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté, en l'absence de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
9. Si M. B n'apporte aucun élément précis et circonstancié à l'appui de ses allégations permettant d'établir qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants, en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant le Maroc ou tout autre pays dans lequel il serait admissible comme pays de destination de la mesure d'éloignement, le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. M. B, né le 3 mai 1972 au Maroc, soutient qu'il est entré sur le territoire français dans les années 1980 et qu'il a été marié avec une ressortissante française avec laquelle il a eu trois enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, s'il a cherché à régulariser sa situation administrative, ne justifie pas, par les quelques pièces produites à l'instance, de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses attaches en France. Enfin, le requérant déclare qu'il est divorcé avec trois enfants majeurs de 26, 24 et 21 ans non à charge et ne conteste pas avoir de la famille au Maroc. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces arrêtés ont été pris. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
13. Eu égard à tout ce qui a été énoncé précédemment au point 11, et dès lors que
M. B ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il puisse retourner au Maroc, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des
Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.