Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412927
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2024 sous le n° 2412927, M. B A, représenté par Me Mapche Tagne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé le retrait de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la même somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'examen de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant retrait de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- l est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024 sous le n° 2413013, M. B A, représenté par Me Mapche Tagne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département des Hauts-de-Seine ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine sans délai de faire cesser les mesures de surveillance ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2412927 et n° 2413013, présentées pour M. A, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. B A, ressortissant ivoirien né le 13 mai 2002, est entré sur le territoire français selon ses dires en 2019. A l'issue d'un réexamen de sa situation, en exécution d'un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 4 juillet 2023 annulant une décision du 13 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le préfet des Hauts-de-Seine a délivré à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 4 décembre 2023 au 3 décembre 2024. Par un courrier du 12 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a informé M. A qu'il envisageait de lui retirer son titre de séjour et l'a invité à présenter ses observations. Par un arrêté du 27 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 27 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. A à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 27 juillet 2024 et 27 août 2024.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine a entendu retirer le titre de séjour de M. A au motif qu'il était défavorablement connu des services de police suite à un signalement pour radicalisation lors de son admission aux urgences de l'hôpital Lariboisière à Paris, faits intervenus le 25 septembre 2021 selon la fiche police versée au dossier, et qu'il était en contact avec " une figure rigoriste de la mouvance islamiste francilienne " et qu'ainsi son comportement constituait une menace grave pour l'ordre public. Toutefois, il ressort pièces du dossier que M. A fait l'objet de soins psychiatriques et qu'il a fait l'objet en 2021 et 2022 de deux hospitalisations sous contraintes, la seconde pour rupture de prise médicamenteuse d'un antipsychotique à la suite d'un premier épisode psychotique aigu d'allure schizophrénique. Il ressort des pièces du dossier qu'il avait entrepris des démarches pour se voir délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé et l'intéressé soutient sans être contredit que le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qui lui a été retiré, lui avait été délivré en raison de son état de santé. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des mentions de la décision attaquée que le préfet aurait tenu compte de la situation personnelle du requérant et particulièrement pris en compte son état de santé, avant de décider de lui retirer son titre de séjour pour un motif lié à l'ordre public. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle avant de lui retirer son titre de séjour.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles il l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu également d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a assigné à résidence de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard à ses effets, le présent jugement qui annule la décision portant retrait du titre de séjour délivré à M. A, qui est valable jusqu'au 3 décembre 2024, n'implique pas que le préfet procède au réexamen du dossier de l'intéressé. Le présent jugement implique toutefois que le préfet des Hauts-de-Seine procède à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés aux litiges :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à Me Mapche Tagne, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet des Hauts-de-Seine des 27 juillet 2024 et 27 août 2024 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
S. OuillonLe greffier,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2412927, 2413013