Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413007

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413007
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de classement sans suite de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A C. Le juge a estimé que le classement sans suite d'une demande pour dossier incomplet ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être contestée devant le juge de l'excès de pouvoir, rendant la requête irrecevable. En conséquence, la condition d'urgence n'a pas été examinée. La décision s'appuie sur les dispositions du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, Mme B A C, représentée par Me Navarro, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 26 juillet 2024 portant classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre le préfet des Hauts-de-Seine ou tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors que sa demande concerne un renouvellement de titre de séjour, elle est maintenue en situation irrégulière depuis le 1er août 2024, conséquence qui la place dans une situation de précarité économique, elle risque de perdre son emploi et d'être expulsée ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une irrégularité de procédure, tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sur sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2413016, enregistrée le 9 septembre 2024, par laquelle Mme A C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante colombienne née le 9 décembre 1993 à Cartago en Colombie, entrée sur le territoire français depuis 2016, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 2 août 2022 au 1er août 2024. Elle a sollicité un renouvellement de son titre de séjour le 16 mai 2024. Le préfet des

Hauts-de-Seine a classé sans suite cette demande le 17 mai 2024, l'invitant à déposer une nouvelle demande dans un délai de deux mois effectif avant la fin de son séjour, soit le 1er juin 2024. Le

26 juillet 2024, elle a déposé une nouvelle demande de renouvellement de son titre. Par la présente requête, Mme A C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution du classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour pris par le préfet des Hauts-de-Seine.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcé la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Le classement sans suite d'une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, en l'absence de l'un des documents exigés pour l'examen de la demande. Il n'en va ainsi cependant que dans la mesure où la décision classant sans suite indique à son destinataire la ou les pièces manquantes, ainsi que le délai pour compléter son dossier. A défaut, un tel classement sans suite doit être regardé comme portant rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour déposé par l'intéressé.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le dossier déposé par Mme A C le 24 juillet 2024, tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", s'est vu opposer une décision de classement sans suite pour incomplétude de son dossier. Les services de la préfecture, sur la plateforme " démarches simplifiées ", ont par ailleurs indiqué à l'intéressée qu'il lui appartenait de déposer une nouvelle demande complète. Dès lors, en se bornant à indiquer que ce classement sans suite la place dans une situation de précarité dès lors que sans titre de séjour, elle va perdre ses emplois, mais sans indiquer qu'il lui serait impossible de reformuler sa demande en présentant les pièces demandées, Mme A C ne peut être regardée comme établissant l'urgence qui s'attacherait à la suspension de l'exécution de l'acte contesté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A C peut être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.