Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413159
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413159 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, M. A B, représenté par Me de Clerck, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a retiré sa carte professionnelle ;
2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui restituer sa carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité, à titre provisoire, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du directeur du CNAPS la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le retrait de sa carte professionnelle a entraîné la perte de son emploi et, par voie de conséquence, l'impossibilité de faire face à ses charges et à subvenir aux besoins de son foyer ;
- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence à suspendre la décision attaquée n'est pas caractérisée ;
- aucun des moyens de la requête ne créé de doute sérieux quant à la légalité de sa décision.
Vu :
- la requête n° 2413148, enregistrée le 5 septembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 26 septembre 2024 à
11 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
Mme Bouayyadi, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Richard, juge des référés ;
- les observations de Me de Clerck, représentant M. B, et M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 27 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe né le 12 juillet 1965, est titulaire d'une carte professionnelle tendant à l'exercice d'une activité privée de sécurité depuis le 28 avril 2017, qui a été renouvelée en dernier lieu le 16 mars 2022 pour une durée de validité au 16 mars 2027. Par une décision en date du 5 juillet 2024, notifiée le 16 juillet 2024, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a retiré sa carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. La décision du 5 juillet 2024 du directeur du CNAPS dont M. B demande la suspension a pour effet de faire obstacle à la poursuite de son activité professionnelle d'agent de sécurité privée qu'il exerce auprès de la société Spartiate Private Security sous contrat à durée indéterminée depuis le 31 juillet 2017. M. B soutient également à l'audience sans être contredit avoir été licencié au début du mois de septembre 2024 en raison du retrait de sa carte professionnelle. Il résulte enfin de l'instruction que cette activité est la seule source de revenus du foyer, son épouse n'exerçant aucune activité professionnelle. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Au regard du motif de la suspension prononcée, il y a lieu d'enjoindre au directeur du CNAPS de restituer à titre provisoire à M. B sa carte d'agent privé de sécurité, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a retiré la carte professionnelle autorisant M. B à exercer la profession d'agent privé de sécurité est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de restituer la carte professionnelle d'agent de sécurité privée à M. B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera la somme de huit cents (800) euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS).
Fait à Cergy, le 30 septembre 2024.
La juge des référés,
Signé
A. Richard
La République mande et ordonne ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.