Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413202
samedi 14 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413202 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Référés urgents |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, M. A B demande au tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, de lui accorder jusqu'au mois de décembre 2024 pour quitter les lieux à la suite de l'arrêté n° 2024-1007 du 11 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un terrain situé 270 boulevard du Havre à Pierrelaye (95) de quitter les lieux dans un délai de 24 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage.
Il soutient que son oncle est hospitalisé depuis le 30 août 2024 dans le service de réanimation chirurgicale polyvalente de l'hôpital Lariboisière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant une somme de 350 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 13 septembre 2024 à 16h00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, qui informe les parties, conformément aux dispositions de l'article R. 522-9 du code de justice administrative, de ce que la décision est susceptible de se fonder sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'un délai supplémentaire soit accordé au requérant pour quitter les lieux.
- les observations de M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que la situation est difficile eu égard aux difficultés qu'il rencontre pour trouver des emplacements de stationnement et pour assurer la scolarisation des enfants.
- les observations de MM. Martin et Lagouanelle représentant le préfet du Val-d'Oise, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens que le mémoire en défense.
- la commune de Pierrelaye n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° 2024-1007 du 11 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un terrain situé 270 boulevard du Havre à Pierrelaye (95) de quitter les lieux dans un délai de 24 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage. Par la présente requête,
M. B, un des occupants, demande au tribunal de lui accorder jusqu'au mois de décembre 2024 pour quitter les lieux.
Sur les conclusions de la requête et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet du Val-d'Oise :
2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 susvisée : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; / 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; / 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () / II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".
3. Si M. B demande au tribunal de lui accorder jusqu'au mois de décembre 2024 pour quitter les lieux car son oncle est hospitalisé depuis le 30 août 2024 dans le service de réanimation chirurgicale polyvalente de l'hôpital Lariboisière, il n'appartient pas au juge administratif d'accorder un délai pour quitter les lieux. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.
4. A supposer que le requérant puisse être regardé comme ayant entendu demander l'annulation de l'arrêté litigieux, la circonstance que son oncle soit hospitalisé dans un état très grave, ce dont le requérant justifie à l'audience, et les circonstances, au demeurant non établies mais invoquées à l'audience, tirées de ce que le requérant rencontrerait des difficultés pour trouver des emplacements de stationnement et de ce que la décision attaquée pourrait compromettre la scolarisation des enfants concernés par son exécution, ne sont, en tout état de cause, pas de nature à établir que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant. Ces moyens doivent donc être écartés.
Sur les frais liés au litige :
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'État sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée à la commune de Pierrelaye.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2024.
La magistrate désignée, Le greffier,
Signé Signé
H. Lepetit-Collin M. Grospierre
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2413202