Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413204

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant philippin, qui demandait d’être convoqué en préfecture pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge a estimé que l’urgence n’était pas caractérisée, car M. A s’était lui-même placé dans la situation d’urgence invoquée en ne consultant pas régulièrement sa messagerie sur la plateforme dématérialisée, malgré une convocation notifiée. La demande d’aide juridictionnelle provisoire et les conclusions accessoires ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Chayé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer en préfecture afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Chayé, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée, dès lors qu'il est maintenu dans une situation précaire anormalement longue, ce qui traduit un dysfonctionnement du service public et porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors que les dysfonctionnements dus à la dématérialisation l'ont empêché de recevoir une notification de sa convocation à la préfecture ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine lequel n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant philippin né le 16 décembre 1986, est entré en France le 6 novembre 2017 selon ses déclarations. Le 21 septembre 2023, il a déposé une demande de pré-examen d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur la plateforme " demarches-simplifiées.fr ". Le 13 décembre 2013, il reçoit un courriel automatique lui indiquant que sa demande de pré-examen est acceptée et qu'il sera prochainement convoqué en préfecture des Hauts-de-Seine afin de faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. N'ayant pas reçu de courriel de notification, il indique s'être connecté sur la plateforme au cours du mois de juillet 2024 et avoir découvert une convocation pour un rendez-vous le 18 juin 2024. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative de le convoquer en préfecture afin qu'il puisse déposer son dossier de demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Il résulte de l'instruction que M. A a obtenu un rendez-vous le 18 juin 2024 en vue de faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Si l'intéressé soutient n'avoir pas reçu de courriel l'informant de cette convocation, il n'établit pas que cette circonstance résulterait de dysfonctionnements propres à la plateforme " demarches-simplifiées.fr ". En outre, il lui appartenait de se connecter régulièrement sur la plateforme de la préfecture afin de consulter sa messagerie personnelle. Dans ces conditions, M. A s'est lui-même placé dans la situation d'urgence dont il fait état. En conséquence, la situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées. Dès lors qu'il n'est pas justifié d'une situation d'urgence, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, par ailleurs, de rejeter les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 22 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

Z. Saïh

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.