Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413215

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié présentée par M. C, ressortissant russe. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, dès lors que le requérant n'établissait pas avoir sollicité le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour, arrivé à expiration, et ne démontrait pas être exposé à un risque immédiat d'éloignement. La requête a été rejetée, ainsi que les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, M. B D C, représenté par Me A, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision de refus implicite de délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié ;

3°) d'enjoindre au préfet des hauts de Seine de réexaminer sa demande de carte de résident dans un délai de quinze jours et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et à lui-même dans le cas contraire et, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, dire que cette somme sera versée directement entre ses mains.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : la décision préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation dès lors qu'il n'a plus de récépissé autorisant son séjour sur le territoire national ce qui l'expose à une mesure d'éloignement alors qu'il est entré en France à l'âge de douze ans ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-2, L. 561-1, R. 424-1 et R. 424-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que :

- l'intéressé a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 27 mai 2024 au 26 août 2024 ;

- la demande de titre de séjour de l'intéressé est toujours en phase d'instruction et aucune décision de rejet n'est intervenue ;

- il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité, en vain, le renouvellement de son récépissé arrivé à expiration le 26 août 2024, comme il n'apparait pas qu'il aurait sollicité la communication des motifs de la décision de refus de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2024, M. C conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que :

- la délivrance de récépissé pendant l'instruction de la demande de titre de séjour ne fait pas obstacle à la naissance de la décision implicite de refus de titre de séjour

- une décision implicite de rejet est née quatre mois après le dépôt d'un dossier complet.

Vu :

- la requête n°2413213, enregistrée le 13 septembre 2024, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 30 septembre 2024 à 14 h 00.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant russe né le 5 avril 2004, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande de délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". La circonstance que le requérant ait obtenu, à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour, plusieurs récépissés autorisant son séjour sur le territoire national ne prive pas d'objet, contrairement à ce que soutient le préfet, sa demande de suspension du refus de délivrance d'un titre de séjour né du silence gardé par l'administration sur cette demande présentée le 16 avril 2023.

5. En second lieu et d'une part, la décision dont la suspension est demandée fait obstacle à ce que M. C, qui est entré en France à l'âge de dix ans avec ses parents qui ont obtenu le statut de réfugiés et qui, lui-même en bénéficie ainsi qu'en atteste le courrier rédigé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 12 mars 2020, exerce les droits attachés à ce statut. La condition d'urgence doit donc être regardée comme remplie, la circonstance que l'intéressé n'aurait pas sollicité, même en vain, le renouvellement de son récépissé arrivé à expiration le 26 août 2024 étant, à cet égard, sans incidence.

6. D'autre part, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles " l'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en vertu du livre V de ce code se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans " est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer une carte de résident en qualité de réfugié à M. C jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande de titre de séjour de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sous quinze jours, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur son droit au séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me A, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me A de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera directement versée à M. C.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer à M. C une carte de résident en qualité de réfugié est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sous quinze jours, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur son droit au séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me A, avocate de M. C, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. C.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D C, à Me A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 8 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2413223