Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413221

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413221
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi en référé-suspension par M. A pour contester une saisie administrative à tiers détenteur (SATD) émise le 27 août 2024 pour un montant de 2 942 euros. Le juge des référés a rejeté la demande de suspension, estimant que l'effet de la SATD s'était épuisé dès sa notification au tiers détenteur le 27 août 2024, rendant la demande sans objet. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales, qui prévoient l'effet d'attribution immédiate de la saisie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, M. B A, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la saisie administrative à tiers détenteur prise par le comptable public du service des impôts des particuliers de Sceaux le 27 août 2024 portant sur la somme de 2 942 euros ;

2°) d'ordonner " la mainlevée au service appui aux ressources humaines sis au 10 rue du Centre 93160 Noisy le Grand " ;

3°) de lui rembourser les frais liés à cette saisie administrative à tiers détenteur ;

4°) mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

A défaut :

1°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur émise par le comptable public du service des impôts des particuliers de Sceaux 27 août 2024 portant sur la somme de 2 942 euros ;

2°) d'ordonner " la mainlevée au service appui aux ressources humaines sis au 10 rue du Centre 93160 Noisy le Grand " ;

3°) d'ordonner la restitution des sommes prélevées sous astreinte de 100€ par jour de retard ;

4°) de rembourser les frais liés à cette saisie administrative à tiers détenteur ;

5°) mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- En ce qui concerne l'urgence : il a fait l'objet d'un contrôle fiscal qui s'est achevé par l'établissement de trois avis d'imposition supplémentaires au titre des années 2019, 2020 et 2021 ; la somme qui lui était réclamée s'élevait alors à 19 411 euros ; malgré les procédures qu'il a engagées et les dégrèvements partiels qu'il a obtenus, l'administration a poursuivi la procédure ; si le comptable public du SIP de Sceaux procédait à cette saisie, il se retrouverait dans une situation financière délicate ;

- En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : le comptable public ne pouvait pas émettre une saisie administrative à tiers détenteur alors que la direction à laquelle il appartient a décidé d'annuler la mise en demeure ; la jurisprudence administrative ne permet pas à l'administration fiscale d'asseoir une imposition au seul motif d'une absence de réponse à une demande non contraignante adressée en vertu de l'article L.10 du le livre des procédures fiscales ;

Vu :

- la requête n°2403159 enregistrée le 1er mars 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " () A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes du 1 de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales : " Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. () L'avis de saisie administrative à tiers détenteur est notifié au redevable et au tiers détenteur. L'exemplaire qui est notifié au redevable comprend, sous peine de nullité, les délais et voies de recours. / La saisie administrative à tiers détenteur emporte l'effet d'attribution immédiate prévu à l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution. Les articles L. 162-1 et L. 162-2 du même code sont applicables. () La saisie administrative à tiers détenteur a pour effet d'affecter, dès sa réception, les fonds dont le versement est ainsi demandé au paiement des sommes dues par le redevable, quelle que soit la date à laquelle les créances même conditionnelles, à terme ou à exécution successive que le redevable possède à l'encontre du tiers saisi deviennent effectivement exigibles. () ". Il résulte de ces dispositions que l'effet d'une saisie administrative à tiers détenteur s'exerce et s'épuise dès sa notification au tiers détenteur, quelles que soient les conditions dans lesquelles les sommes détenues par le tiers sont ensuite effectivement versées.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur dont la suspension des effets est demandée par le requérant, que cette saisie, datée du 27 août 2024, a été notifiée au service appui aux ressources humaines de Noisy-le-Grand le même jour et que la saisie a été opérée. Or, ainsi qu'il a été dit au point 2, l'effet d'une saisie administrative à tiers détenteur s'exerce et s'épuise dès sa notification au tiers détenteur, quelles que soient les conditions dans lesquelles les sommes détenues par le tiers sont ensuite effectivement versées. Ainsi, eu égard à l'effet d'attribution qui s'y attache en vertu de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales, la saisie administrative à tiers détenteur en litige avait produit tous ses effets avant l'introduction de la requête de M. A, le 13 septembre 2024, tendant à sa suspension. En conséquence, les conclusions de M. A tendant à la suspension de ses effets sont sans objet et, par suite, irrecevables.

Sur les autres conclusions de la requête :

4. Eu égard à l'office du juge des référés ainsi qu'aux pouvoirs dont il est investi par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, lesquels sont limités à la prise de mesures provisoires, les conclusions de la requête tendant à ce que la main levée de la mesure en litige soit prononcée, à la restitution des sommes prélevées et au remboursement des sommes exposées, sont irrecevables et ne peuvent être que rejetées.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A, qui en tout état de cause ne justifie pas avoir présenté de requête au fond tendant à l'annulation de la décision en litige conformément aux exigences de l'article R. 522-1 du code de justice administrative, le recours au fond n°2403159 enregistré le 1er mars 2024 ne pouvant avoir cet objet compte tenu de la date à laquelle il a été enregistré, doit être rejetée, dans toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 20 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.