Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413234
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413234 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Sabaly, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, qu'elle s'est vue suspendre son permis de conduire, qu'elle se trouve entravée par la possibilité d'obtenir un emploi, qu'elle a perdu le bénéfice des allocations familiales pendant une durée de quinze mois et le bénéfice du remboursement des soins médicaux ; qu'elle n'a pu en outre se rendre aux funérailles de sa défunte belle-mère, faute de pouvoir voyager ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
* est entachée d'un vice de forme, en raison d'un défaut de motivation, alors qu'elle a sollicité la communication des motifs du refus implicite ;
* est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
* a été prise en violation des articles L. 421-9, L. 421-22, R. 315-45 et R. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* méconnaît des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations des articles 3.1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2410853, enregistrée le 29 juillet 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante sénégalaise née le 2 septembre 1988 à Pikine au Sénégal, est entrée sur le territoire français en 2018 après avoir épousé, le 8 août 2016 un ressortissant titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 2 avril 2034. Elle était titulaire d'un visa long séjour portant la mention " passeport talent ", valable du 17 avril 2018 au 2 mars 2022, puis d'un titre de séjour mention " passeport talent " valable du 3 mars 2018 au 2 mars 2022. Elle a obtenu des récépissés, le dernier étant arrivé à expiration le 15 mai 2023. En dépit de ses relances auprès des services de la sous-préfecture d'Argenteuil, une décision implicite est née du silence gardé de l'administration. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code permet au juge des référés de rejeter par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, une demande en référé notamment lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. En l'espèce, pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme A fait valoir que son irrégularité entraîne des conséquences importantes sur sa situation administrative et personnelle, cette dernière étant privée de son droit de conduire, d'accompagnement dans ses démarches de recherche d'emploi et du remboursement de ses soins médicaux à compter du 16 septembre 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si elle a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour au début du mois de mars 2022, dont une décision implicite est née du silence gardé par l'administration au mois de juillet 2022, et qu'un courrier de communication de motif a été adressé par l'intermédiaire de son conseil le 23 septembre 2023 aux services de la sous-préfecture d'Argenteuil, soit plus d'un an après la décision implicite de rejet, elle disposait d'un délai d'un mois pour former un recours en l'absence d'une réponse de la part de l'administration. Dès lors, en l'état de l'instruction, la décision implicite litigieuse née plus de deux ans avant l'introduction de sa requête, n'apparaît pas de nature à porter une atteinte grave et immédiate à la situation du requérant, justifiant qu'il soit statué sur sa demande sans attendre le jugement de sa requête en annulation.
5. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, comme celles présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées en application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A.
Fait à Cergy, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24132342