Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413236

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413236
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par M. B, ressortissant marocain, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise le 20 août 2024. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant ne justifiant pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment en raison de l'absence de démonstration d'une précarité économique ou administrative actuelle. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés, par application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions en date du 20 août 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ou une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, lui a fait l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre le préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour autorisant le travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, qu'il est placé dans une situation de précarité administrative et économique, en ce qu'il est empêché de poursuivre son activité professionnelle et qu'il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- elle sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles ont été prises à la suite d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles violent les accords franco-marocains de coopération judiciaire et de l'égalité de traitement entre avocats français et marocains ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 433-1, L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles violent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2412227 rendue le 26 août 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- la requête n° 2412256, enregistrée le 25 août 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 24 avril 1975 à Tafraouten au Maroc, est entré sur le territoire français, muni d'un visa D pour la poursuite de ses études universitaires et a bénéficié de titres de séjour mention " étudiant étranger " de 1998 à 2008, puis des titres de séjour portant la mention " profession libérale " et " vie privée et familiale " de 2009 à 2016. Il a sollicité auprès des services de la sous-préfecture la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un simple récépissé l'autorisant à travailler. Le 20 août 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions attaquées.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, en vertu des dispositions du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. B fait valoir qu'il ne peut plus exercer son activité professionnelle, faute de régularité de séjour sur le territoire français, le plaçant dans une situation de précarité économique et administrative. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour au-delà des délais fixés aux articles R. 431-5 et R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit être regardé comme ayant sollicité, le 29 juillet 2022, la délivrance d'un premier titre de séjour à laquelle, en cas de refus, la présomption d'urgence ne s'applique pas. Au surplus, s'il soutient se retrouver dans l'impossibilité d'exercer son activité, il est établi par les pièces du dossier que le Conseil de l'ordre lui a seulement adressé un courrier en date du 30 août 2024 le convoquant à un entretien pour présenter ses observations le 24 septembre 2024 concernant une procédure d'omission administrative qu'il n'a pas encore prononcé. Dans ces conditions, précision étant faite que le requérant a la possibilité de voir réinscrire sur le tableau de l'ordre dès la cause de l'omission administrative régularisée, M. B, dont il est constant que, par une ordonnance n° 2412227du 26 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté une précédente requête en référé concernant le même arrêté pour défaut d'urgence, ne saurait être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Cergy, le 18 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.