Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413304

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, était saisi par M. A, ressortissant bangladais, d'une demande de suspension du refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour. En cours d'instance, le préfet a informé le tribunal qu'une carte de résident valable dix ans était en cours de fabrication pour l'intéressé. Le juge des référés a constaté que cette délivrance privait d'objet la demande de suspension, le requérant ayant obtenu satisfaction, et a donc rejeté les conclusions à fin de suspension ainsi que les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Da Costa Cruz, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ou une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de 15 jours à compter a de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine le réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

5°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 800 euros à verser à Me Da Costa Cruz, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que le requérant se retrouve en situation irrégulière en l'absence de renouvellement de son récépissé, qu'il bénéficie du statut de réfugié, qu'il se trouve dans une situation précaire, qu'il ne peut justifier la régularité de son séjour, qu'il a entamé toutes les démarches possibles pour tenter de trouver une solution avec les services de la préfecture en amont de sa présente requête sans qu'il n'ait obtenu satisfaction ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que celle-ci :

* est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'il a sollicité la communication des motifs du refus implicite et qu'il n'a pas été répondu à sa demande ;

* est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il se voit refuser le renouvellement de son récépissé en méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a informé le tribunal de Céans qu'une carte de résident valable du 18 septembre 2024 au 17 septembre 2034 est en cours de fabrication et que le requérant sera prochainement invité à prendre un rendez-vous pour venir le retirer.

Par un courrier du même jour, le tribunal de Céans a invité le requérant à se désister.

Par un courrier du même jour, le requérant a souhaité maintenir sa requête, il soutient que :

- les démarches qu'il a effectué en amont de la requête étaient vaines ;

- la délivrance de la carte de résident précitée n'a pour seul objectif que de faire échec à la requête en l'espèce ;

- cette requête a engendré des frais qui doivent être payé l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnel est nécessaire.

Vu :

- la requête n° 2413022 enregistrée le 10 septembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 7 octobre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés,

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais, né le 1er janvier 1998 demande, par la présente requête, au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de refus de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de carte de résident.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Dans son mémoire en défense, le préfet des Hauts-de-Seine a informé le tribunal qu'une carte de résident valable du 18 septembre 2024 au 17 septembre 2034 est en cours de fabrication et que le requérant sera prochainement invité à prendre un rendez-vous pour venir le retirer. Il doit être regardé comme ayant pris la décision de faire droit à la demande du requérant. Il suit de là que les conclusions à fin de suspension et d'injonction ont perdu leur objet postérieurement à l'introduction de la requête. Il y a lieu en conséquence de constater un non-lieu à statuer sur ces conclusions.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros à verser à Me Da Costa Cruz, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction de la requête de M. A.

Article 3 : L'Etat versera à Me Da Costa Cruz une somme de 1200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 7 octobre 2024

Le juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.