Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413307
mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413307 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, la société française du radiotéléphone (SFR), représenté par Me Bidault, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le maire de la commune d'Attainville s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 095 028 24 B0010 sollicitée par la société SFR ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune d'Attainville de lui délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de se prononcer à nouveau sur la déclaration préalable à laquelle il s'est opposé, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Attainville la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national, y compris celui de la commune d'Attainville, soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs, qu'elle a des obligations vis-à-vis de l'autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) en matière de couverture du territoire national et s'expose à des sanctions administratives et pécuniaires en cas de manquement à ses engagements, en application de l'article L. 36-11 du code des postes et communications électroniques ; qu'en outre, son projet d'implantation tend à remédier à la saturation des réseaux de téléphone mobile sur le territoire de la commune d'Attainville pour couvrir l'ensemble de cette zone ;
- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'un défaut de motivation.
* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du Code de l'urbanisme et de l'article A 2.2 du règlement du Plan Local d'Urbanisme ;
* elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que la commune ne démontre pas que le site d'implantation présente des caractéristiques particulières de nature à faire naître un intérêt particulier et que le projet ne porte pas atteinte aux lieux avoisinants ;
La requête a été communiquée à la commune d'Attainville qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu :
- la requête n° 2412279, enregistrée le 26 août 2024, par laquelle la société française de radiotéléphone (SFR) demande l'annulation de l'arrêté contesté ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme, notamment son article L. 600-4-1;
- le code des postes et communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 octobre 2024 à
10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- les observations de Me Gaury, substituant Me Bidault, représentant SFR.
La commune d'Attainville n'est ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société française de radiotéléphone (SFR) a déposé une demande de déclaration préalable le 10 juin 2024, enregistré sous le n° DP 095 028 24 B0010 ayant pour objet l'installation d'une antenne-relais sur le territoire de la commune d'Attainville. Par un arrête en date du 18 juillet 2024, le maire de la commune d'Attainville s'est opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la société française de radiotéléphone demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.
4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, la société française de radiotéléphone établit, par la production de cartes de couverture du réseau de téléphonie mobile de SFR, dont la sincérité ne peut être utilement contestée du seul fait des contradictions relevées avec des cartes de couverture réseau mises en ligne sur le site internet de l'ARCEP, qui n'ont pas la même précision ni la même portée, que le secteur en cause du territoire de la commune d'Attainville n'est que partiellement couvert par les réseaux de téléphonie mobile propres à cet opérateur. La société requérante démontre ainsi que la station relais en litige permettra de couvrir des zones actuellement non prises en charge de manière satisfaisante par les antennes relais déjà implantées, ce que ne conteste pas sérieusement la commune d'Attainville. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, ainsi qu'aux intérêts propres de la société SFR, en raison des engagements pris vis-à-vis de l'État quant à la couverture du territoire métropolitain et de la population par le réseau de l'opérateur, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. En l'état de l'instruction, précision étant faite que l'autre moyen de la requête relative à la motivation de l'arrêté litigieux ne paraît pas propre à fonder, en l'état du dossier, la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué, les moyens tirés de ce que ledit arrêté est entaché d'erreurs de droit et d'une erreur d'appréciation sont propres à créer un doute sérieux sur sa légalité. Il y a lieu en conséquence d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard à ce qui a été dit au point 5, il y a lieu également d'enjoindre au maire de la commune d'Attainville de délivrer à titre provisoire à SFR une décision de non-opposition à la décision préalable n° DP 095 028 24 B0010, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, la commune d'Attainville versera à SFR une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le maire de la commune d'Attainville s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 095 028 24 B0010 sollicitée par la société SFR est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Attainville de délivrer à SFR une décision de non-opposition à la décision préalable n° DP 095 028 24 B0010, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune d'Attainville versera à SFR une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de SFR est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société française de radiotéléphone et à la commune d'Attainville.
Fait à Cergy, le 9 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.