Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413318

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté les requêtes de M. C G, ressortissant algérien, contestant un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 juillet 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour d'un an, ainsi qu'un arrêté du 28 août 2024 l'assignant à résidence. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, l'erreur manifeste d'appréciation et les vices de procédure, n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 16 septembre 2024 et le 28 septembre 2024 sous le numéro 2413318, M. C G, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui renouveler son titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas tenu compte du fait qu'il avait présenté des observations ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle se fonde sur la circonstance qu'il est défavorablement connu des services, alors que les plaintes déposées à son encontre ont toutes été classées sans suite ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle porte atteinte à sa liberté de circuler ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le préfet des

Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en sollicitant, le cas échéant, une substitution de base légale.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 16 septembre 2024 et le 28 septembre 2024 sous le numéro 2413319, M. C G, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, en l'obligeant à se présenter chaque lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 10 heures, sauf les jours fériés, au commissariat de La Garenne-Colombes et lui a interdit de sortir du département des Hauts-de-Seine sans autorisation ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté contesté :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le préfet des

Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en sollicitant, le cas échéant, une substitution de base légale.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Louvel pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Louvel, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C G, ressortissant algérien né le 11 janvier 2000, déclare être entré en France le 23 septembre 2022. Il a été par la suite mis en possession d'un certificat de résidence algérien valable du 19 avril 2023 au 18 avril 2024, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 27 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. En outre, par un second arrêté du 28 août 2024, le même préfet a assigné M. G à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. G demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2413318 et 2413319 concernant le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

3. L'arrêté du 27 juillet 2024 a été signé par M. F A, sous-préfet et directeur de cabinet du préfet des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait d'une délégation à cet effet consentie par un arrêté n°2024-32 du 5 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitte le territoire français :

4. En premier lieu, M. G soutient que les observations qu'il a formulées en réponse au courrier du 16 juin 2024 par lequel le préfet l'informait de son intention de procéder au retrait de son titre n'ont pas été prises en compte. Toutefois, le préfet n'est pas tenu de mener une procédure contradictoire pour instruire une demande de renouvellement de titre de séjour. Par ailleurs, le requérant ne justifie ni de l'envoi ni de la réception par la préfecture des Hauts-de-Seine du courrier daté du 8 juillet 2024 qu'il soutient avoir envoyé en réponse à celui du 16 juin 2024, courrier qui, au surplus, ne respecte pas le délai imparti de quinze jours indiqué dans le courrier du préfet. En tout état de cause, il ressort des pièces produites par le préfet en défense que M. G a pu produire toutes pièces utiles concernant sa situation lors du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. G soutient qu'il réside en France depuis le 23 septembre 2022 chez sa mère en situation régulière sur le territoire français et qu'il poursuit des études supérieures en journalisme. Toutefois, l'intéressé, dont le séjour est relativement récent, n'est pas dépourvu, selon ses propres déclarations, d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie. En outre, M. G ne fait état d'aucune circonstance particulière qui l'empêcherait de continuer ses études dans son pays d'origine ou de poursuivre son projet d'autoentrepreneur. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet d'un signalement pour des propos centrés sur la religion, sur l'hyper-sexualisation des femmes dans la société occidentale et des partages de textes et musiques dirigés contre la France. Dans ces conditions, l'arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français ne saurait être regardé comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième lieu, M. G soutient que le préfet s'est fondé sur des faits matériellement inexacts pour considérer que son comportement constituait une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est fondé sur plusieurs signalements enregistrés auprès des forces de police, dont l'intéressé reconnaît en partie la véracité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français repose sur des faits inexacts dès lors qu'elle se fonde sur la circonstance qu'il est défavorablement connu des services, alors que les plaintes déposées à son encontre ont toutes été classées sans suite, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Si M. G soutient que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît sa liberté de circuler, il n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. La décision obligeant M. G à quitter le territoire français n'étant pas illégale, les moyens tirés de l'exception d'illégalité invoqués par le requérant à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

10. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E I, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine à cet effet, par un arrêté n° 2024-31 du 2 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H D et Mme B, respectivement directrice des migrations et de l'intégration et cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D et Mme B n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de sa signataire manque en fait et doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas, en assignant M. G à résidence, porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale ou commis une erreur manifeste d'appréciation. En tout état de cause, dès lors que la décision d'assignation à résidence contestée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'intéressé du territoire français, ces moyens sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté reposerait sur des faits matériellement inexacts doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. G doivent être rejetées, y compris dans leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. Louvel La greffière,

Signé

O. El Moctar La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2413318 et 2413319