Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413323
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413323 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et deux mémoires complémentaires enregistrés les 16, 27, 28 et 30 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois, en l'obligeant à se présenter tous les samedis entre 9 heures et 12 heures, y compris lorsqu'ils sont chômés ou fériés, à la gendarmerie de Magny-en-Vexin et lui a interdit de sortir du département du Val-d'Oise sans autorisation ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui restituer sa carte d'identité, son passeport et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur l'existence d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était plus exécutoire ;
- il méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son droit d'aller et venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Louvel, magistrat désigné ;
- les observations de Me Cabral de Brito, substituant Me Monconduit, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 16 février 1986, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai notifiée par le préfet de l'Oise le 23 octobre 2022. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du
Val-d'Oise pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois, en l'obligeant à se présenter tous les samedis entre 9 heures et 12 heures, y compris lorsqu'ils sont chômés ou fériés, à la gendarmerie de Magny-en-Vexin et lui a interdit de sortir du département du
Val-d'Oise sans autorisation.
2. En premier lieu, par l'arrêté n°24-045 du 23 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à
Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes assignation à résidence prévue au livre VII titre III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
4. En l'espèce, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement et précise, en particulier, les modalités d'application de la mesure d'assignation, conformément aux dispositions rappelées au point précédent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'a pas, avant de prendre la décision d'assignation de M. B, procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
7. M. B soutient que l'arrêté d'assignation à résidence attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 23 octobre 2022 n'était plus exécutoire à la date de son édiction. Toutefois, la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, en modifiant l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en augmentant d'un an à trois ans l'ancienneté de la décision portant obligation de quitter le territoire français susceptible d'être prise en compte par l'autorité administrative pour assigner à résidence un étranger, a simplement établi de nouvelles conditions pour l'édiction d'une assignation à résidence. Ces nouvelles conditions s'appliquent depuis le 28 janvier 2024, date d'entrée en vigueur de l'article L. 731-1 dans sa version issue de la loi du 26 janvier 2024, notamment aux ressortissants étrangers ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au cours des trois années précédant cette entrée en vigueur. Ainsi, c'est sans erreur de droit que le préfet du Val-d'Oise a considéré que le requérant entrait dans le champ d'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans sa version issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration.
8. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai par un arrêté du préfet de l'Oise du 23 octobre 2022. Par suite, il est au nombre des étrangers qui peuvent être assignés à résidence sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que l'intéressé se soit vu délivrer par la préfecture du Val-d'Oise une convocation pour le dépôt de son dossier d'admission exceptionnelle au séjour le 12 juin 2025, ne fait pas obstacle à ce que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions précitées. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. La décision attaquée prévoit que le requérant, assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise, doit se présenter à la gendarmerie de Magny-en-Vexin une fois par semaine les samedis entre 9 heures et 12 heures, y compris lorsqu'ils seront chômés ou fériés. Ainsi, le requérant conserve la possibilité de se déplacer librement, en dehors du temps consacré au respect de ces obligations, dans le périmètre déterminé, lequel s'étend à l'intégralité du département. L'intéressé, qui se borne à indiquer qu'il réside chez sa mère titulaire d'une carte de résident et qu'il travaille de manière irrégulière en qualité d'agent d'entretien sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er juillet 2021, ce qui ne lui permet ni de rester à son domicile ni de se présenter à la gendarmerie, ne fait état d'aucune contrainte pesant sur sa vie professionnelle ou familiale qui ferait obstacle au respect des obligations découlant de la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du
Val-d'Oise a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale doit être écarté.
11. En septième lieu, si M. B soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à sa liberté fondamentale d'aller et venir, il n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, en obligeant M. B à se présenter tous les samedis à la gendarmerie de Magny-en-Vexin, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, eu égard à la situation de l'intéressé et aux buts en vue desquels la mesure a été prise, porté une atteinte excessive à la liberté d'aller et venir de l'intéressé.
12. En huitième et dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en prenant l'arrêté d'assignation en litige, le préfet a entaché son appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. B d'une erreur manifeste dès lors que la circonstance que son comportement constitue ou non une menace à l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives au frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
T. LouvelLa greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.