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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413326

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413326

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMBANG ALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 septembre 2024 et 8 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Mbang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a retiré sa carte de résident délivrée sur le fondement du statut de réfugié valable du 22 février 2024 au 21 février 2034 et l'a invité à se présenter en préfecture afin que lui soit délivrée une carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans l'hypothèse où le tribunal n'annulerait pas l'arrêté attaqué, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dès la notification du jugement, sur le fondement de la protection subsidiaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas daté ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet a considéré, à tort, qu'il n'avait pas formulé d'observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;

- il lui a été irrégulièrement notifié l'empêchant de se rendre à la convocation du 1er août 2024 ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il conduit au retrait d'une décision ayant créé des droits à son profit et laquelle n'était pas illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut :

1°) au rejet de la requête présentée par M. B ;

2°) à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fabas, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 15 octobre 1980, a obtenu, le 20 février 2023, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, le bénéfice de la protection subsidiaire. Il a été mis en possession d'une carte de résident délivrée sur le fondement du statut de réfugié valable du 22 février 2024 au 21 février 2034. Cette carte lui a été remise le 4 avril 2024. Par un arrêté postérieur à cette remise, le préfet du Val-d'Oise a retiré sa carte de résident à M. B et l'a invité à se présenter à la sous-préfecture de Sarcelles le 1er août 2024 en vue de se voir remettre une carte de séjour pluriannuelle délivrée sur le fondement de la protection subsidiaire valable 4 ans. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'absence de date portée sur l'arrêté attaqué est par elle-même sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un vice de forme ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Et, aux termes des dispositions de l'article L. 242-1 du même code : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. Aux termes des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Et, aux termes de l'article L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. ".

4. D'une part, lorsque l'étranger n'a jamais rempli l'une des conditions lui permettant de bénéficier d'une carte de séjour que le préfet lui a pourtant délivrée, la décision par laquelle le préfet lui retire cette carte, ne produit d'effet que pour l'avenir. Elle présente ainsi, au sens des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, le caractère d'une mesure d'abrogation de la décision ayant accordé un droit au séjour à l'étranger au regard de la durée de validité restante de ce titre de séjour. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que la décision par laquelle le préfet abroge la carte de résident d'un ressortissant étranger est une décision abrogeant une décision créatrice de droit et doit ainsi être précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, qui constitue une garantie pour l'intéressé et implique qu'il soit averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquelles elle se fonde, et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

5. En l'espèce, l'arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise a " retiré " à M. B le bénéfice de sa carte de résident valable du 22 février 2024 au 21 février 2034 est en réalité une décision portant abrogation d'une décision créatrice de droits quand bien même le requérant n'a jamais rempli l'une des conditions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre à la délivrance d'une telle carte de résident, celui-ci n'étant pas réfugié mais seulement bénéficiaire de la protection subsidiaire. Il n'en demeure pas moins que cet arrêté, en ce qu'il abroge une décision créatrice de droits, devait être précédé d'une procédure contradictoire préalable afin de permettre au requérant de formuler ses observations sur la mesure envisagée. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été avisé, par lettre recommandée avec accusé réception du 22 mai 2024, de l'intention de l'administration de procéder à l'abrogation de sa carte de résident au profit d'une carte de séjour pluriannuelle, et a été invité à faire part de ses observations dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du courrier. Il ressort de l'avis de réception produit en défense par le préfet, que le pli contenant ce courrier a été notifié à M. B le 24 mai 2024 contre sa signature qu'il a apposée sur cet avis, et il pouvait ainsi formuler ses observations jusqu'au 10 juin 2024 inclus. Or, l'intéressé n'a communiqué ses observations que par un courrier du 14 juin 2024 dont le préfet a accusé réception le 18 juin 2024, soit au-delà du délai imparti. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en considérant " qu'aucune observation n'avait été formulée ", le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure ou d'une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. Il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que celui-ci vise les dispositions applicables à savoir les articles L. 121-1 , L. 211-2 et L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, rappelle la procédure contradictoire et précise que l'intéressé s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire et non le statut de réfugié et qu'ainsi la carte de résident délivrée uniquement aux réfugiés doit lui être retirée pour lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle conformément à son statut. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'irrégularité de la notification de l'arrêté a empêché M. B de se présenter au rendez-vous du 1er août 2024, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, en soutenant que " si la préfecture du Val-d'Oise a respecté dans cette affaire la condition tenant au délai, en revanche, elle a adopté un mutisme quant à la condition tenant à l'illégalité ", M. B doit être regardé comme faisant valoir que le préfet n'a pas respecté la condition, fixée à l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, tenant à ce que la décision créatrice de droits qu'il abroge soit illégale. Toutefois, et ainsi qu'il l'a été dit, le requérant ne pouvait se voir délivrer une carte de résident valable 10 ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'était pas réfugié et ainsi, la décision par laquelle le préfet lui a délivré cette carte était illégale, quand bien même le préfet avait connaissance de la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, contrairement à ce que le requérant soutient, le préfet a pu, par l'arrêté attaqué, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration s'agissant de la condition tenant à l'illégalité de la décision créatrice de droits, et sans porter atteinte aux droits qui auraient été acquis par l'intéressé, abroger la décision qu'il avait prise le 22 février 2024 et contraindre M. B à remettre sa carte de résident pour se voir délivrer une carte de séjour pluriannuelle correspondant à son statut. Par suite, le moyen, tel que soulevé par l'intéressé, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Néanmoins, si M. B s'y croit fondé, il pourra solliciter le préfet du Val-d'Oise afin que celui-ci lui donne une nouvelle date de rendez-vous pour se voir remettre la carte de séjour pluriannuelle à laquelle il peut prétendre sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais du litige :

12. D'une part, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que M. B demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, exposée précédemment, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme que l'Etat demande au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Fabas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2413326

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