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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413329

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413329

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVOGELGESANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement n° 2406490 du 13 septembre 2024, le magistrat désigné du Tribunal administratif de Montreuil a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, la requête et le mémoire complémentaire de M. B C, enregistrées les 16 mai et 28 août 2024.

Par cette requête, enregistrée au greffe du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 16 septembre 2024, M. C, représenté par Me Vogelgesang, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024, notifié le même jour, par lequel le préfet de la Seine et Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- est illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant elle-même illégale ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

l'interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'accorder un délai de départ volontaire étant elles-mêmes illégales ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2024, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Seine-et-Marne fait valoir que les moyens de la requête de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Prost, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 mai 2024, le préfet de la Seine-et-Marne a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler cet arrêté en toutes leurs dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. M. C, ressortissant capverdien né le 16 août 1989, soutient que le préfet de la Seine-et-Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est entré en France, le 3 août 2021, qu'il est marié à une ressortissante portugaise et qu'il est le père d'un enfant en bas âge résidant en France. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour se prévaloir de liens personnels suffisamment intenses et stables sur le territoire français, alors que ni la régularité du séjour de son épouse, ni sa participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant, dont la mère n'est pas la femme de M. C, ne sont démontrées. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

7. M. C fait valoir que l'intérêt de son enfant est de résider auprès de son père. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la contribution de l'intéressé à l'éducation et à l'entretien de son enfant n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée méconnaîtrait l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les moyens doivent être écartés.

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

11. Si M. C établit qu'il est entré régulièrement en France, muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités portugaises, il ressort des pièces du dossier qu'il n'établit pas avoir cherché à régulariser sa situation à l'expiration de son visa et qu'il a explicitement manifesté, ainsi que cela ressort de son audition par les forces de police du 14 mai 2024, son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-et-Marne pouvait adopter à son encontre une décision portant refus de départ volontaire sans méconnaitre les dispositions susvisées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois à l'encontre du requérant, le préfet de la Seine-et-Marne a relevé qu'aucun délai de départ volontaire n'avait été accordé à M. C, que ce dernier ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant. Toutefois, il est constant que l'épouse de M. C et son enfant résident en France et que l'intéressé n'a jamais fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement. Au demeurant, la circonstance que M. C ait été interpellé pour usage de faux documents sur son lieu de travail, ne saurait à elle-seule caractériser une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est disproportionnée.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 seulement en tant qu'il interdit à M. C le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Le présent jugement, qui n'annule que la décision prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, n'appelle aucune mesure d'injonction.

Sur les frais du litige :

16. L'Etat n'étant pas, pour l'essentiel, la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 14 mai 2024, par laquelle le préfet de la Seine-et-Marne a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet de la Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost Le greffier,

signé

M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2413329

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