Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413359

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B, ressortissante ivoirienne, pour obtenir la délivrance d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire de séjour après que ses demandes de renouvellement de titre de séjour "membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire" aient été clôturées sans motif sur la plateforme de l'ANEF. Le juge a considéré que la condition d'urgence était présumée remplie et que la mesure était utile, la requérante se trouvant dans l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour. En conséquence, il a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B pour enregistrer sa demande et de lui remettre un récépissé l'autorisant à séjourner, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, Mme C B, représentée par Me Mallet, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre, au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui remettre une attestation de prolongation d'instruction, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre subsidiaire, de la convoquer afin qu'elle puisse déposer physiquement sa demande de renouvellement de titre de séjour " membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, de tout document attestant de la régularité de son séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, à charge pour elle de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat dans la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée ;

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'elle se retrouve en situation irrégulière et alors qu'elle sollicite le renouvellement de son titre de séjour, que malgré ses multiples tentatives elle se trouve dans l'impossibilité de déposer sa demande sur la plateforme de l'ANEF et qu'elle ne peut justifier de son droit au séjour alors qu'elle bénéficie d'un titre de plein droit et qu'elle a réalisé les démarches nécessaires en temps utile.

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle se trouve dans l'impossibilité de suivre ou déposer une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour, et que face au silence de la préfecture, seule l'injonction à intervenir peut lui permettre d'obtenir un récépissé, une attestation de prolongation d'instruction ou une autorisation provisoire de séjour ou de régulariser sa situation ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M Lamy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante ivoirienne, née le 2 juillet 1984 à Bouake en Côte d'Ivoire, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle " membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ", en sa qualité d'épouse de M. A, bénéficiaire de la protection subsidiaire, qui a expiré le 29 mai 2024. Elle en a sollicité le renouvellement en date du 27 février 2024 mais sa demande a été clôturée au motif qu'une demande était déjà en cours d'instruction alors qu'aucune autre demande n'avait été déposée. Suite à cette clôture elle a redéposé une demande de renouvellement en date du 22 mai 2024, qui a à nouveau été clôturée sans aucun motif. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre une attestation de prolongation d'instruction, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B a déposé le 22 mai 2024 via le site de l'ANEF une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire d'une protection internationale. Cette demande a été clôturé sans motif, comme avait été clôturée une précédente demande du 12 février 2024 également déposée sur le site de l'ANEF. M. A fait valoir, sans être utilement contesté, qu'il ne parvient pas à déposer une nouvelle demande en dépit des clôtures intervenues et qu'il tente en vain depuis le mois de février 2024 de faire renouveler son titre de séjour venu à expiration le 29 mai 2024. Dans ces conditions, eu égard à l'urgence qui s'attache à la régularité de la situation des bénéficiaires d'une protection internationale, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. A afin qu'il puisse déposer physiquement sa demande de renouvellement de titre de séjour " membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ", dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, de tout document attestant de la régularité de son séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :

6. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à Me Mallet, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat dans la mission d'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme B afin qu'il puisse déposer physiquement sa demande de renouvellement de titre de séjour " membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ", dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, tout document attestant de la régularité de son séjour.

Article 3 : L'État versera une somme de 1000 euros à verser à Me Mallet, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat dans la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur.

Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 3 octobre 2024

Le juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.