Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413365
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FORGUES FRÉDÉRIC |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2328753 du 11 septembre 2024, le président du Tribunal administratif de Paris a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A, enregistrée le 16 décembre 2023.
Par cette requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 20 décembre 2023 et 16 mai 2024, M. A, représenté par Me Forgues, demande au Tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés datés du 15 décembre 2023 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
les décisions contestées :
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaissent son droit à être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-2 et L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes ;
la décision fixant le pays d'éloignement :
- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que l'intéressé bénéficie de circonstances humanitaires ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 21 décembre 2023 et 30 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police soutient que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost ;
- les observations de Me Le Bel Esquivillon, substituant Me Forgues et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français portent atteinte à ses droits à la défense et à son droit d'assister à son procès ;
- et les observations de M. A.
Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 22 décembre 2001, est entré sur le territoire français le 26 juillet 2019, selon ses déclarations, et a été muni d'un titre de séjour valable jusqu'au 31 août 2021. Par deux arrêtés datés du 15 décembre 2023, le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande au Tribunal, par la présente requête, d'annuler ces deux arrêtés en toutes leurs dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
2. Les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, ainsi, suffisamment motivés.
3. Il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre les décisions contestées.
4. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation le 13 décembre 2023, M. A a été auditionné en français par les services de police le même jour, et a ainsi été mis en mesure de faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation personnelle. Il ne ressort nullement des pièces du dossier que M. A aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse, le surlendemain de son audition. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées auraient été adoptées en méconnaissance du droit d'être entendu.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :
6. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice. / 2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. / 3. Tout accusé a droit notamment à : a) être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu'il comprend et d'une manière détaillée, de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui ; b) disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ; c) se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent ; d) interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la convocation et l'interrogation des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge ; e) se faire assister gratuitement d'un interprète, s'il ne comprend pas ou ne parle pas la langue employée à l'audience ". Aux termes de l'article 8 de la directive (UE) 2016/343 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 portant renforcement de certains aspects de la présomption d'innocence et du droit d'assister à son procès dans le cadre des procédures pénales : " 1. Les États membres veillent à ce que les suspects et les personnes poursuivies aient le droit d'assister à leur procès. / 2. Les États membres peuvent prévoir qu'un procès pouvant donner lieu à une décision statuant sur la culpabilité ou l'innocence du suspect ou de la personne poursuivie peut se tenir en son absence, pour autant que : a) le suspect ou la personne poursuivie ait été informé, en temps utile, de la tenue du procès et des conséquences d'un défaut de comparution ; ou b) le suspect ou la personne poursuivie, ayant été informé de la tenue du procès, soit représenté par un avocat mandaté, qui a été désigné soit par le suspect ou la personne poursuivie, soit par l'État. / 3. Une décision prise conformément au paragraphe 2 peut être exécutée à l'encontre du suspect ou de la personne poursuivie concerné. / 4. Lorsque les États membres prévoient la possibilité que des procès se tiennent en l'absence du suspect ou de la personne poursuivie, mais qu'il n'est pas possible de respecter les conditions fixées au paragraphe 2 du présent article parce que le suspect ou la personne poursuivie ne peut être localisé en dépit des efforts raisonnables consentis à cet effet, les États membres peuvent prévoir qu'une décision peut néanmoins être prise et exécutée. Dans de tels cas, les États membres veillent à ce que les suspects ou les personnes poursuivies, lorsqu'ils sont informés de la décision, en particulier au moment de leur arrestation, soient également informés de la possibilité de contester cette décision et de leur droit à un nouveau procès ou à une autre voie de droit, conformément à l'article 9 () ". Il résulte de l'arrêt du 15 septembre 2022 de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) dans l'affaire C-420/20 que le paragraphe 2 de l'article 8 de la directive (UE) n° 2016/343 doit être interprété en ce sens qu'il s'oppose à une réglementation d'un Etat membre permettant la tenue d'un procès en l'absence du suspect ou de la personne poursuivie, alors que cette personne se trouve en dehors de cet Etat membre et dans l'impossibilité d'entrer sur le territoire de celui-ci, en raison d'une interdiction d'entrée adoptée à son égard par les autorités compétentes dudit Etat membre. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3 ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé, le 13 décembre 2023, pour des faits de viol. Il soutient qu'il n'a fait l'objet, à raison de ces faits, que d'un contrôle judiciaire et que l'instruction judiciaire est en cours. Il soutient également qu'il est présumé innocent et qu'il veut continuer à agir dans le cadre de l'information judiciaire en cours et, à terme, s'il était renvoyé devant une juridiction de jugement, assister à son procès pénal pour faire valoir son innocence, de sorte que les décisions portant obligation du territoire français et interdiction de retour sur le territoire français en litige portent atteinte à ses droits à la défense et à son droit d'assister à son procès. Toutefois, il résulte des dispositions du code de procédure pénale, notamment des articles 390-1, 410 et 411, que l'exécution de décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français constituent une excuse valable de non-comparution et que l'absence de l'intéressé ne fait pas obstacle à ce que sa défense puisse être valablement assurée par un avocat, que l'affaire soit ainsi jugée contradictoirement et que l'intéressé puisse éventuellement interjeter appel de la décision prise en cas de condamnation. Par ailleurs, M. A dispose, de la faculté, sur le fondement de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la condition de justifier résider hors de France, de solliciter de l'autorité administrative à tout moment l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français et de se trouver, alors, le cas échéant, en mesure de demander à être légalement autorisé à revenir en France pour assister à son procès. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français portent atteinte à ses droits à la défense et à son droit d'assister à son procès doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur les dispositions du 2° de l'article L 611-1 du code précité dès lors que l'intéressé s'était maintenu sur le territoire français sans demander le renouvellement de son titre de séjour, qui expiré le 31 août 2021. La circonstance, à la supposer établie, qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public ne faisait pas obstacle à l'application de ces dispositions. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
11. M. A soutient que le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside en France depuis l'âge de seize ans, qu'il a effectué deux ans de formation en " CAP ", qu'il était titulaire d'un titre de séjour " mention vie privée et familiale " pendant deux ans et qu'il souhaite s'intégrer en France. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour démontrer que le requérant, qui ne fait état d'aucune insertion professionnelle ou sociale particulière depuis 2021, disposerait d'une insertion particulière à la société française. Enfin, il n'est pas démontré que le requérant se trouverait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé a été signalé le 5 avril 2022 pour des faits de viol, ainsi que le 13 décembre 2023 pour des faits de viol et de détention de faux documents administratifs. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait privée de base légale.
13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
14. Si M. A soutient que la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions susmentionnées, dès lors qu'il dispose de garanties de représentations suffisantes, il n'en justifie pas. Par ailleurs, M. A a confirmé à l'audience qu'il n'avait pas exécuté une précédente mesure d'éloignement en date du 15 mars 2022. Dans ces conditions, le préfet de police pouvait refuser, pour ces motifs, de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
15. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays d'éloignement serait privée de base légale.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale.
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
18. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de police, après avoir rappelé dans la décision attaquée la situation personnelle de l'intéressé, a retenu qu'aucun délai de départ volontaire ne lui avait été accordé, que ce dernier représentait une menace à l'ordre public en restant sur le territoire national, son comportement ayant été signalé par les services de police pour des faits de viol, qu'il avait déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 15 mars 2022, laquelle n'a pas été exécutée, qu'il est entré en France en 2019 et qu'il est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, M. A n'établit pas que le préfet de police aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par ailleurs, ainsi qu'il a été rappelé au point 7, la circonstance qu'une information judiciaire soit en cours contre l'intéressé ne fait pas obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet de police n'ayant pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen doit être écarté.
19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, la décision par laquelle le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police du 15 décembre 2023 ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles liées aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F.-X. Prost
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.