Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413422

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413422
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de la société SEJ IDF. Celle-ci contestait la décision du préfet de la région Île-de-France du 8 août 2024, qui avait ordonné le retrait temporaire de 30% de ses licences communautaires et l'immobilisation de 30% de ses autocars pour trois mois. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car les difficultés financières invoquées par la société, bien que réelles, ne sauraient prévaloir sur les exigences de protection des voyageurs et des travailleurs face à des infractions graves et répétées. La requête est rejetée en toutes ses conclusions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, la société SEJ IDF, représentée par Me Jeddi, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions en date du 8 août 2024 par laquelle le préfet de la région Ile de France a procédé au retrait temporaire pour une durée de trois mois de 30% des copies conformes de la licence communautaire " voyageurs " détenue et à l'immobilisation pendant trois mois de 30% des autocars en état de marche ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les décisions auraient pour conséquence de rompre son contrat l'engageant avec son principal client, de mettre à l'arrêt une partie de son personnel, emportant ainsi une perte financière importante, que cela aura des conséquences graves sur la trésorerie de la société et donc sur sa viabilité et son fonctionnement.

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un vice de compétence en ce qu'aucune délégation de signature ne donne compétence à M. A pour signer l'acte litigieux ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation en ce qu'il n'est pas fait mention des éléments de droit et de fait qui les motivent ;

- elles sont entachées d'erreurs de droit en ce qu'elles méconnaissent les dispositions des articles R. 3452-19, L.122-2, L.122-1 du code des transports ;

- elle sont entachées d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au conseil régional d'Ile-de-France, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2413573, enregistrée le 18 septembre 2024, par laquelle la société SEJ IDF demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des transports ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée SEJ IDF, administrée par M. B C, exploite, depuis sa création en octobre 2001, une activité de transports de voyageurs par autocars.

Un contrôle effectué par la direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France (DRIEAT) visant les périodes de 2019 à 2023 a fait apparaître des infractions relatives à la réglementation sociale européenne, à la règlementation des transports publics routiers et à celle du travail. Par la présente requête, la société SEJ IDF demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions en date du 8 août 2024 par laquelle le préfet de la région Ile de France a procédé au retrait temporaire pour une durée de trois mois de 30% des copies conformes de la licence communautaire " voyageurs " détenue et à l'immobilisation pendant trois mois de 30% des autocars en état de marche.

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Pour justifier de l'urgence de sa situation la société SEJ IDF fait valoir que les décisions contestées en l'espèce auraient pour conséquence de rompre son contrat l'engageant avec son principal client, de mettre à l'arrêt une partie de son personnel, emportant ainsi une perte financière importante, notamment sur sa trésorerie et créant un risque pour sa viabilité. Toutefois, alors qu'elle a commis diverses infractions graves et répétées, ces circonstances ne sont pas, eu égard aux exigences de protection des voyageurs et des travailleurs, de nature à justifier d'une situation d'urgence au sens des dispositions susmentionnées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société SEJ IDF doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er La requête de la société SEJ IDF est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SEJ IDF.

Copie en sera adressée au préfet d'Ile de France.

Fait à Cergy, le 20 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé des transports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.