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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413450

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413450

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCABINET IVALDI & DE GUEROULT D'AUBLAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 7 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise refusait un titre de séjour à M. A..., ressortissant congolais, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne saisissant pas la commission du titre de séjour, alors que M. A... justifiait d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. En conséquence, l'arrêté préfectoral a été annulé, et il a été enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, M. C... A..., représenté par Me de Guéroult d’Aublay, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 août 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761‑1 du code de justice administrative.


M. A... soutient que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il a été pris au terme d’une procédure irrégulière, dès lors que, résidant en France depuis plus de dix ans, le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d’une erreur de fait, s’agissant de la date de sa demande de titre et de sa situation familiale ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l’article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise qui n’a produit aucune observation en défense.


Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bories, premier conseiller ;
- et les observations de Me Lenouvel-Alvarez, pour M. A....

Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant congolais né le 6 janvier 1985, est entré en France le 20 septembre 2012 selon ses déclarations. Il a sollicité le 20 juin 2023 son admission au séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 7 août 2024, dont le requérant demande l’annulation, le préfet du Val-d’Oise a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (...) ». Par ailleurs, l’article L. 432-13 du même code prévoit que : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ».
M. A... verse au dossier de nombreuses pièces permettant d’établir sa résidence habituelle sur le territoire national depuis plus de dix ans à la date de l’arrêté attaqué. A cet égard, il produit, au titre de l’année 2014, contestée par le préfet du Val-d’Oise, un certificat médical établi en octobre, des factures à son nom réparties sur les mois d’avril, septembre et octobre, des relevés bancaires mentionnant des opérations, un récépissé attestant d’un recours devant la Cour nationale du droit d’asile, un courrier du Pôle emploi relatif à des allocations qui lui ont été versées, une confirmation de réservation pour un trajet en Flexibus, ainsi que des relevés mensuels de téléphonie mobile. Au titre de l’année 2015, il produit deux factures établies en avril et novembre, dont l’une avec une livraison à son adresse à Moissy-Cramayel, des analyses médicales effectuées le 27 mars 2015, un avis d’imposition de 2016 sur les revenus de 2015, et des relevés mensuels de téléphonie mobile. Au titre de l’année 2016, M. A... produit des factures ou des bons de commandes avec livraison à son adresse ou dans un relais-colis, une attestation de demande de passeport auprès de l’ambassade du Congo en France, ainsi que des relevés mensuels de téléphonie mobile, couvrant toute l’année 2016. Ainsi, M. A... établit sa résidence habituelle en France au cours de la période contestée par le préfet du Val-d’Oise, ainsi que pour les années ultérieures, soit depuis plus de dix ans à la date de l’arrêté attaqué. Dans ces conditions, en ne saisissant pas la commission du titre de séjour pour avis, le préfet du Val-d’Oise a méconnu les dispositions précitées et entaché son arrêté d’une illégalité justifiant son annulation.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet du Val-d’Oise en date du 7 août 2024 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de M. A..., dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement, et qu’il soit muni, pour la durée de ce réexamen, d’une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des frais de l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-d’Oise en date du 7 août 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de procéder au réexamen de la situation de M. A..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’État versera une somme de 1 000 euros à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l’audience du 29 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président ;
M. Bories, premier conseiller ;
Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.

Le rapporteur,

signé


A. BoriesLe président,

signé


T. AblardLa greffière,

signé


M. B...
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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