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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413466

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413466

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2410507/12/3 du 18 septembre 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 19 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de M. D A, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 25 avril 2024.

Par cette requête, M. D A demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 23 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la même somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant tchadien né le 3 octobre 1986, serait entré sur le territoire français selon ses dires en avril 2024. M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 23 avril 2024 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné délégation à M. B C, attaché principal d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de la cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté

3. En second lieu, dans son arrêté du 23 avril 2024, le préfet de police de Paris, après avoir visé notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux obligations de quitter le territoire français et aux interdictions de retour sur le territoire français, a fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle de M. A et a examiné sa situation au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, le préfet a mentionné dans son arrêté que compte tenu de la présence au Tchad de son épouse et de ses enfants et de l'absence de charge familiale en France, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Ces indications en droit et en fait ont permis au requérant, de comprendre et de contester les motifs pour lesquels le préfet a pris à son encontre les décisions en litige. La décision portant refus de délai de départ volontaire précise également les motifs de droit et de fait qui la fonde. Cet arrêté est, par suite, suffisamment motivé. Cette motivation révèle que le préfet de police de Paris a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant l'édiction de l'arrêté contesté. Ainsi, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. A soutient qu'il dispose de fortes attaches en France, notamment son frère et son neveu résidant régulièrement en France avec le statut de réfugié, il ressort des pièces du dossier que M. A, est marié et père de deux enfants résidant au Tchad. Par ailleurs, M. A ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision de refus de délai de départ volontaire :

6. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet a refusé au requérant un délai de départ volontaire au motif qu'il présentait un risque se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet à défaut de présenter des garanties de représentation suffisantes en l'absence de justification d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Le requérant ne conteste pas le bien-fondé des motifs ainsi retenus par le préfet lequel n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A soutient que sa famille et lui-même sont exposés à des traitements contraires à l'article 3 de la convention précitée dans son pays d'origine. Toutefois, il n'établit pas qu'il serait effectivement et personnellement soumise à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet de police de Paris a retenu les circonstances que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il déclare être entrée en France le 9 avril 2024 et dispose de liens familiaux dans son pays d'origine. Compte tenu de la situation personnelle de l'intéressé, de sa durée de présence en France et de la nature de ses liens avec la France, le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant la décision attaquée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi celles relatives aux frais de l'instance et sans qu'il y ait lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. OuillonLe greffier,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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